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11/04/2016 03:37 EDT | Actualisé 12/04/2017 01:12 EDT

Satire anti-Erdogan: Berlin examine une demande de poursuites de la Turquie

Le gouvernement allemand a indiqué lundi examiner une demande de la Turquie de poursuites en justice contre un comédien ayant traité à la télévision allemande le président Recep Tayyip Erdogan de pédophile et de zoophile dans une satire.

"L'ambassade de Turquie a communiqué un message verbal", soit une protestation officielle adressée au ministère des Affaires étrangères, pour demander "des poursuites pénales" contre le satiriste Jan Böhmermann, a indiqué le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert lors d'un point-presse régulier.

Or la loi allemande pose une double condition pour poursuivre les "insultes" visant le représentant d'un Etat étranger, un délit passible de trois ans de prison: l'Etat concerné doit les réclamer et le gouvernement allemand doit les autoriser, avant de laisser le parquet compétent trancher.

"Ce genre d'insultes à un président, à un peuple entier n'ont rien à voir avec la liberté d'expression et de la presse, c'est un délit", a déclaré lundi le porte-parole du président turc Ibrahim Kalin, lors d'un point presse, confirmant la requête d'Ankara.

Cette demande sera "minutieusement examinée" par le gouvernement allemand, un processus qui prendra "quelques jours" et nécessite de mettre en balance les propos du comédien avec la protection constitutionnelle accordée en Allemagne à la liberté d'expression, a souligné pour sa part M. Seibert.

Le porte-parole a assuré que les valeurs fondamentales allemandes étaient "non négociables" aux yeux de la chancelière Angela Merkel, quel que soit le rôle central acquis par la Turquie sur la question des réfugiés, sous l'impulsion de la diplomatie allemande.

Fin mars, M. Böhmermann avait lu sur la chaîne publique ZDF un "poème" pamphlétaire dans une émission comique, le Neo Magazin Royale, en réaction à la convocation par Ankara de l'ambassadeur allemand pour dénoncer une chanson satirique diffusée à la télévision, "Erdowie, Erdowo, Erdogan", et qui dénonçait les dérives autoritaires du chef de l'Etat turc.

Le comédien, encadré du drapeau turc et d'un portrait d'Erdogan, avait mis en cause le président turc avec des vers à connotation sexuelle impliquant des chèvres et des moutons, tout en évoquant la répression des minorités kurdes et chrétiennes.

Il avait lui-même proclamé que son poème était en infraction avec le droit pénal allemand, contrairement au chant qui avait valu l'incident diplomatique germano-turc, assurant par la suite avoir "démontré où étaient les limites pour la satire en Allemagne. Enfin!"

Le 1er avril, la chaîne ZDF avait retiré la vidéo de sa médiathèque, tandis que la chancelière Angela Merkel, par la voix de son porte-parole Steffen Seibert, dénonçait un texte "sciemment insultant".

Saisi d'une vingtaine de plaintes de particuliers, le parquet de Mayence (ouest) a dans la foulée ouvert une enquête préliminaire pour demander à la chaîne de télévision la communication de la vidéo - sans que cette démarche ne vale poursuites formelles contre M. Böhmermann.

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