NOUVELLES
10/04/2016 23:09 EDT | Actualisé 11/04/2017 01:12 EDT

"Panama papers": l'écrivain Arni Thorarinsson prône un retour aux "valeurs de la bonne, vieille Islande"

Pour Arni Thorarinsson, auteur islandais de polars à succès, l'onde de choc soulevée dans son pays par les "Panama Papers" appelle un "retour aux valeurs de la bonne, vieille Islande" mise sous la coupe des "amateurs et des corrompus".

Tout juste remise de la crise financière de 2008, la petite île de l'Atlantique nord a renoué avec l'instabilité politique et la colère de la rue après les révélations du Consortium international des journalistes d'investigation (Icij) qui ont poussé le Premier ministre à la démission.

"La situation politique et sociale est un héritage du krach économique de 2008. On espérait et attendait un changement, une nouvelle Constitution, un nouveau sens de l'éthique politique et une société plus juste. Ça ne s'est pas produit", déplore Arni Thorarinsson.

"Le même +establishment+ politique" conduit par des "amateurs et des corrompus" gouverne de façon toujours aussi "irresponsable". "Et malgré le redressement économique, la coupe est pleine", analyse pour l'AFP l'ancien journaliste.

Thorarinsson est publié en France par Métailié, le même éditeur qu'Arnaldur Indridason, chef de file d'une génération d'écrivains islandais qui ont ouvert une fenêtre sur une réalité moins flatteuse de leur pays que celle de ses habitants accueillants et ses paysages grandioses.

Sur fond de blues et de rock, musiques de la rébellion, son oeuvre est peuplée d'alcooliques (Le temps de la sorcière), de suicidés (L'ombre des chats), de laissés-pour-compte (Le dresseur d'insecte) et de financiers indélicats (L'Ange du matin).

Car l'Islande, c'est aussi une micro-nation de 320.000 habitants plongée la moitié de l'année dans la nuit et le froid arctiques, où la consommation d'antidépresseurs est l'une des plus élevée de l'Occident, et qui voit sa jeunesse s'exiler.

"Il y a 25 ans, nous vivions dans une société imparfaite mais humaine. Et puis, à une vitesse folle, cette société a disparu au profit de la cupidité et de l'arrogance, de la corruption et de la bêtise", avance Thorarinsson.

- 'Question de principe' -

"Les jeunes ne croient plus aux structures de la société et aux possibilités de vivre une vive heureuse, décente. Mais nous avons besoin de revenir aux valeurs de notre bonne, vieille Islande, en nous aidant justement des espoirs et des aspirations des jeunes".

De ceux qui ont choisi de partir à l'aventure aux Etats-Unis ou en Europe, il dit "espérer que beaucoup rentreront au pays à un moment de son histoire où les choses se seront arrangées".

Dès qu'il le peut, Thorarinsson se joint aux foules rageuses qui manifestent quasi quotidiennement devant le Parlement à Reykjavik depuis les révélations fin mars des avoirs détenus dans un paradis fiscale par le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson. Si ce dernier a démissionné la semaine dernière, deux ministres cités dans les "Panama Papers" ont été confirmés dans leur fonction.

Des législatives anticipées sont annoncées pour l'automne mais comme une majorité d'Islandais, l'écrivain ne veut pas attendre.

"C'est une question de principe. Bien que le gouvernement bénéficie toujours d'une large majorité au Parlement, cette vieille majorité date des élections d'il y a trois ans. Les choses ont radicalement changé depuis", estime-t-il.

Du changement, le Parti pirate, en tête des intentions de vote si les élections se tenaient maintenant (43%), en a à revendre. Ce groupe politique proche de Wikileaks, d'inspiration et de fonctionnement libertaires, prône davantage de démocratie directe, fustige la corruption et la violation des données privées sur internet.

Les Pirates islandais sont-ils une alternative sérieuse, en mesure de gouverner? "Les Pirates restent d'une certaine façon une force politique indéfinie. Mais c'est clairement un mouvement réformateur en pleine croissance. Birgitta (Jonsdottir, fondatrice et égérie du parti) et les autres dirigeants pirates parlent la langue du peuple, pas celle de l'élite politique. Espérons qu'on leur donne la chance de mettre en pratique ce qu'ils proposent".

gab/at