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11/04/2016 07:15 EDT | Actualisé 12/04/2017 01:12 EDT

Migrants : Athènes accuse Skopje après les incidents d'Idomeni

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras a accusé lundi la Macédoine d'avoir eu un comportement "honteux" dimanche dans la manière dont elle a repoussé des centaines de migrants qui tentaient de forcer la frontière dimanche à Idomeni, Skopje reprochant de son côté à la police grecque sa passivité.

Les forces de l'ordre macédoniennes ont utilisé des "gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc face à des gens qui ne constituaient pas une menace, n'étaient pas armés", a dit M. Tsipras. "Il s'agit d'une grande honte pour la société européenne et un pays qui veut en faire partie", a-t-il jugé.

Dimanche, quelques centaines des plus de 11.000 migrants entassés à la frontière depuis sa fermeture totale début mars ont tenté de la franchir, s'attirant une réplique à coups de gaz lacrymogènes, et, selon la partie grecque, de balles en caoutchouc, ce que Skopje a réfuté.

Le ministère macédonien de l'Intérieur a pour sa part accusé "la police grecque de n'avoir pas essayé d'intervenir et mettre un terme aux incidents".

L'ONG Médecins sans Frontières (MSF) a assuré qu'il y avait eu utilisation de balles en caoutchouc.

"Nous avons traité de 30 à 40 personnes, surtout des hommes mais aussi des femmes et enfants, touchés sur toutes les parties du corps par des balles en caoutchouc, dont trois enfants de moins de 10 ans touchés à la tête", a affirmé à l'AFP le porte-parole de MSF sur place, Jonas Haeensen.

Sur 260 blessés, deux restaient hospitalisés lundi.

Le HCR a exprimé sa "grande inquiétude" devant les incidents de la veille, marqués par "l'utilisation massive de gaz lacrymogènes", sans faire allusion pour sa part à des balles en caoutchouc.

- 'Voir si la Grèce accepte de les reprendre' -

Tant le HCR que la Commission européenne ont exprimé l'espoir que les migrants d'Idomeni pourraient soit être placés dans des camps plus organisés en Grèce, soit bénéficier enfin du programme de relocalisation dans les différents pays de l'UE, dont l'application traîne en longueur.

A Idomeni, le calme était revenu lundi. Les appels à partir pour un camp mieux organisé semblaient mieux entendus. Au moment de monter dans un car presque plein, Mohamed, un Syrien de 18 ans, témoignait : "Cela fait deux mois que je suis ici, je n'en peux plus. Hier, c'était comme la guerre avec tous ces gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes. J'ai compris que la frontière ne s'ouvrira pas".

Athènes et Skopje étaient au moins d'accord sur une chose, la colère contre ceux qui pousseraient les réfugiés à s'attaquer à la frontière en diffusant de fausses rumeurs.

Le porte-parole du service grec de coordination de la crise migratoire (SOMP), Giorgos Kyritsis, a affirmé que l'accès de tension de dimanche a été déclenché par la diffusion samedi dans le camp de tracts en arabe prétendant que la frontière allait rouvrir. Il a rappelé que les autorités grecques tentaient de contrôler les volontaires et militants présents dans les camps à travers la Grèce pour éviter la propagation de ce genre de rumeurs.

Elles avaient déjà été à l'origine le 15 mars d'une tentative massive de passage en Macédoine, repoussée manu militari. Trois Afghans s'étaient alors noyés en franchissant une rivière.

Sous couvert d'anonymat, un haut responsable macédonien a mis en cause auprès de l'AFP "le comportement d'ONG qui incitent les migrants à entrer en Macédoine, en leur distribuant des tracts", et qui sont, "selon ce que nous savons, les mêmes que ceux qui étaient impliquées dans l'incident précédent".

Ce responsable a demandé "une aide accrue" alors que son pays accueille plus de 1.000 réfugiés dans le camp de Tabanovce (nord de la Macédoine) et plus d'une centaine dans les centres d'accueil de Gevgelija (sud).

"Il faut attendre de savoir si la Grèce accepte de les reprendre, conformément à la règle selon laquelle ils doivent être renvoyés chez eux par le pays par lequel ils sont entrés en Macédoine", a-t-il noté.

La Grèce indiquait avoir sur son territoire lundi 53.000 migrants et réfugiés.

L'entrée en vigueur le 20 mars de l'accord UE-Turquie, qui prévoit le renvoi en Turquie de tous ceux arrivés depuis cette date, et concerne environ 7.000 personnes actuellement retenues sur leurs îles grecques d'arrivée, semble avoir nettement ralenti le flux : 18 personnes seulement sont entrées irrégulièrement en Grèce par la mer entre dimanche et lundi matin.

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