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10/04/2016 23:56 EDT | Actualisé 11/04/2017 01:12 EDT

Dans des villages syriens, les Russes se posent en artisans de la paix

Deux hommes âgés coiffés d'un keffieh, un officier syrien et un colonel russe sont assis autour d'une table en plastique. Ils paraphent des documents qui entérinent une trêve des combats dans leur village.

Cette cérémonie à Al-Nasriya, à 70 kilomètres au nord-est de Damas, a été présentée par la Russie comme un exemple du rôle de médiateur que joue Moscou sur le terrain pour parvenir à la paix entre le régime et les rebelles.

Elle s'est tenue le jour de la visite samedi de journalistes internationaux chapeautés par le ministère russe de la Défense.

"C'est bien que votre arrivée ait coïncidé avec la signature. Jusqu'à hier, nous ne savions pas si quelqu'un serait présent", a déclaré aux reporters Yury Zrayev, le responsable de l'équipe russe chargée de superviser l'application d'une trêve de six semaines autour de Damas.

L'AFP n'a pas pu vérifier indépendemment que les deux civils présents à la cérémonie représentaient bien la population locale.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), une organisation basée en Grande Bretagne qui dispose d'un vaste réseau de sources, a en revanche confirmé qu'une trêve était censée être signée dans la zone.

Moscou est le co-parrain avec Washington de la trêve en vigueur depuis le 27 février en Syrie entre les forces progouvernementales appuyées par l'aviation russe et des groupes de rebelles dits modérés. Les organisations jihadistes comme l'Etat islamique et le Front Al-Nosra ne sont pas concernées par cette trêve.

Depuis le début de son intervention en Syrie en septembre 2015, la Russie dit avoir parrainé des trêves locales dans quelque 60 villes et villages, signées par une cinquantaine de groupes rebelles et les forces du régime.

"La Russie joue un rôle de médiateur", soutient M. Zrayev. "La signature d'un accord dans cette zone a demandé beaucoup de temps de préparation et requis un travail considérable", poursuit le responsable devant les journalistes escortés par des militaires russes.

- Violations quotidiennes -

"J'aimerais vraiment vous parler de la situation ici mais ils ne me laisseront pas faire", tente un habitant jugé trop bavard par un militaire russe qui ordonne qu'il soit tenu à l'écart de la délégation de journalistes.

Un groupe rebelle dans la zone - que l'armée russe accuse d'avoir attaqué une base militaire syrienne voisine il y a quelques jours -- ne semble pas avoir signé la trêve.

"Si avant nous nous préoccupions seulement de combattre, aujourd'hui nous nous concentrons surtout sur le processus de paix", assure à l'AFP le porte-parole de l'armée Igor Konachenkov.

Loin des champs de bataille, à Genève, Moscou soutient les pourparlers indirects entre l'opposition et le régime mais balaie d'un revers de main les appels à un départ de Bachar al-Assad.

Face aux Occidentaux, pourfendeurs de l'intervention russe en Syrie, le Kremlin martèle que la priorité n'est pas le sort de M. Assad mais la fin d'une guerre meurtrière ayant fait plus de 270.000 morts et plusieurs millions de déplacés depuis 2011.

Les troupes russes sont également censées surveiller le fragile cessez-le-feu décrété en février, qui est quotidiennement bafoué.

En coordination avec leurs homologues américains basés à Amman en Jordanie, les militaires russes stationnés dans la base aérienne de Hmeimim, dans le nord-ouest de la Syrie, disent qu'ils reçoivent des appels et des informations sur des violations de la trêve.

Quotidiennement, ils publient un compte-rendu de ces incidents et les imputent quasi systématiquement aux rebelles.

Depuis quelques jours, ce centre de surveillance affirme que le niveau de violence augmente autour de la ville d'Alep dans le nord du pays où, selon les militaires russes, le Front Al-Nosra, groupe jihadiste auquel la trêve ne s'applique pas, s'est mélangé à des groupes rebelles dans des zones où la trêve est en vigueur selon les Etats-Unis.

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