DIVERTISSEMENT
11/04/2016 04:56 EDT

Anne-Élisabeth Bossé: l'étoile des seconds rôles devient tête d'affiche (ENTREVUE)

Julie Artacho

Sa Charlène « crosse-tettes » en a fait voir de toutes les couleurs aux protagonistes de Série Noire. Son intense Caroline Malterre a tenté de faire exploser Séraphin dans Les Pays d’en Haut. Son talent comique est au service des Appendices depuis huit saisons. Preuve de sa polyvalence et de son attrait, Anne-Élisabeth Bossé foulera les planches du Théâtre d’Aujourd’hui dès cette semaine et deviendra la tête d’affiche d’une télésérie pour la première fois de sa carrière dans Les Simone, l’année prochaine.

Révélée au grand public grâce à quelques répliques hilarantes dans Les amours imaginaires et apparue depuis dans plusieurs émissions et films à caractère humoristique (Les Bobos, Les Appendices, Le Sens de l’humour, Les Pêcheurs), la comédienne a montré une autre facette de son talent dans Série Noire.

« À la base, on n’aurait pas pensé à moi pour jouer Charlène, la femme noire qui amène les hommes à la perdition. Étant donné que je suis reconnue pour mon timing comique, c’était carrément de l’anti-casting de m’avoir offert le rôle. C’était une belle preuve d’audace. Et ça m’a permis d’élargir mon casting. »

Plus qu’une comique

Avec son habileté à manier le drame et la drôlerie, l’actrice a donné vie à Mme Malterre, la propriétaire d’auberge déchue des Pays d’en Haut. Un personnage bonbon pour Bossé.

« Pour moi, c’est juste de la pureté et de la grosse authenticité. Caroline est sanguine. Elle a la mèche courte et elle dit tout ce qu’elle pense. On est dans l’aussitôt ressenti, aussitôt exprimé. Elle finit toujours par éclater, parce qu’elle ne se protège pas. Elle est comme une feuille. Sous ses airs de Germaine, elle plie devant l’autorité, elle ment très mal et elle ne se gère pas! »

Contrôlante, anxieuse, déterminée, fragile et intense, la femme d’époque est un concentré d’émotions fortes. « Certaines personnes ont dit qu’on jouait très gros, mais il ne faut pas oublier que ces gens-là sont dans l’adversité : ils ne dorment pas bien, ils vivent dans des circonstances difficiles et ils n’ont pas de patience. Il y a quelque chose à jouer là-dedans qui peut être très sincère. »

La semaine dernière, la comédienne a découvert ce qui attend les Malterre durant la deuxième saison. « Ils feront tout pour retrouver leur auberge et leur dignité. Évidemment, ils devront encore faire face à Séraphin. Toute cette histoire n’est qu’une étoile qui tourne autour de lui : tout le monde est dans un rapport de menace, de séduction ou de guerre avec Séraphin. C’est lui qu’elle devra manipuler avec sa subtilité légendaire... »

Le bonheur clé en main

Avant d’entreprendre le tournage des scènes extérieures des Pays d’en Haut, dans la chaleur de mai et de juin, elle donnera la réplique à Patrice Robitaille dans Unité Modèle au Théâtre d’Aujourd’hui. Une production dans laquelle ils interprètent des agents immobiliers qui imaginent la vie quotidienne des futurs acheteurs. Des vendeurs de bonheur accessible.

« On essaie de faire du marketing de l’authenticité, en étant à la fois séduisants et humains pour que les gens se reconnaissent. Les saynètes où on imagine la vie des futurs habitants sont entrecoupées de répliques adressées au public, une façon de symboliser qu’on n’oublie jamais nos clients. »

Bien que leurs paroles sincères soient chorégraphiées dans le moindre détail, une fissure viendra gâcher le beau portrait qu’ils tentent de peindre à quatre mains.

« Soir après soir, ils simulent un monde parfait dans lequel tout va bien, jusqu’à ce que la réalité les rattrape. Lorsque le vernis va craqueler, on va avoir a accès à la vérité et ce n’est pas toujours beau. On finit par trouver du sang entre les craques de marbre… »

La pièce questionne de manière frontale notre rapport à l’image. Une manière pour l’auteur Guillaume Corbeil de poursuivre son exploration sur l’influence des médias sociaux sur l’évolution de nos désirs, après Nous voir nous et Cinq visages pour Camille Brunelle. Une réflexion que l’actrice connaît intimement puisqu’elle a été la copine du dramaturge pendant cinq ans.

« Je l’ai rencontré à 18 ans, alors qu’il était en création littéraire et qu’il était déjà obsédé par le slogan de Première Moisson : “L’art du vrai”. Je suis depuis longtemps sa démarche sur l’authenticité, le vrai et le faux. C’est la première fois que je joue ses mots, mais je connais bien l’homme derrière l’œuvre. »

Des mots qui forment une partition extrêmement complexe pour les acteurs. « Guillaume a une drôle de façon de formuler les choses. Son écriture est très formelle, avec énormément de répétitions. On n’est pas du tout dans le réalisme ou le naturalisme. Il faut de la rigueur pour bien le rendre. On doit être précis et rapide, puisque la pièce va à fond de train dès le début. C’est une claque au visage! »

Tête d’affiche à la télé

Dans quelques mois, sur les ondes de Radio-Canada, les téléspectateurs pourront retrouver Bossé dans le trio féminin de la télésérie Les Simone, écrite par l’humoriste Kim Lizotte, réalisée par Ricardo Trogi (1981, 1987, Le Mirage) et produite par Louis Morisette.

Une série tout sauf girly, selon l’actrice. « On est dans l’irrévérence et l’impudeur, les deux pieds dans le réel, avec des scènes humilianteset pas du tout glamour. Ce sont des filles avec de grosses personnalités, qui ne sont pas beaucoup dans la soumission… »

Son personnage, Maxim, une éternelle étudiante fraîchement diplômée de l’Université Laval, abandonne son amoureux et sa maison en banlieue au profit de la métropole. « Pendant longtemps, elle s’est définie par son chum et sa famille, mais elle finit par se demander “moi, quessé que je fais esti?”. Elle est vite d’esprit, elle swing ses répliques et s’exprime avec beaucoup de punch! »

À Montréal, Maxime rejoindra sa meilleure amie Laurence (Rachel Gratton), une fille qui en mène large dans les médias, mais dont la perfection est ternie par son amoureux William (David Giguère), un musicien qui redonne ses lettres de noblesse au narcissisme. Le trio sera complété par Nikki (Marie-Ève Perron), une barmaid à la vie peu reposante. « Nikky est extrêmement assumée et wild. Elle pousse les limites à l’extrême et fait table rase des conventions. »

Trois filles très différentes qui se retrouvent dans le même carrefour de redéfinition de soi. « Ce ne sont pas des filles de 20 ans ou de 40 ans, mais bel et bien des femmes de 30 ans aujourd’hui. À 31 ans, je m’identifie beaucoup à ces personnages à la croisée des chemins. Je suis rendue à l’âge où on commence à avoir peur de rater sa vie et où on se pose des questions qui peuvent être très anxiogènes. Au fond, la série montre trois façons de réagir devant les questions capitales de la vie. »

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