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Présidentielle en RDC : Kinshasa accuse l'ONU et l'opposition d'"irresponsabilité"

Le gouvernement de Kinshasa a accusé vendredi les Nations unies et l'opposition congolaise de faire preuve d'"irresponsabilité" en continuant d'appeler à la tenue d'une présidentielle en République démocratique du Congo d'ici à la fin de l'année conformément à la Constitution de ce pays.

Lors d'un point de presse à Kinshasa sur la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations unies du 30 mars, le ministre des Affaires étrangères congolais, Raymond Tshibanda, a évoqué les violences ayant suivi les scrutins législatifs et présidentiel de 2006 (premières élections libres au Congo depuis l'indépendance de 1960) pour soutenir que la qualité des élections importe plus que la date de leur tenue.

Consacrée à la situation en RDC, la résolution 2277 insiste sur la "nécessité d'un dialogue politique ouvert", permettant la tenue "des élections présidentielle et législatives d'ici novembre 2016, conformément à la Constitution".

"On peut débattre des délais constitutionnels six mois, un an, dix ans avant les élections, il n'y a pas de problème, mais continuer à en appeler à cela à six mois, à sept mois (de l'échéance) alors que vous savez qu'objectivement il devient difficile de les faire dans ce délai, je pense que cela frise l'irresponsabilité", a rétorqué M. Tshibanda : "Il n'y a pas meilleure façon de faire le lit de la violence que de procéder ainsi."

"Les gens doivent choisir le camp dans lequel ils veulent se trouver : ils veulent contribuer à faire monter inutilement la tension en République démocratique du Congo pour que demain les choses explosent ou ils veulent que les conditions soient créées pour des élections convenables ?" s'est interrogé le ministre.

La RDC traverse une crise politique profonde depuis la reconduction pour cinq ans du président Joseph Kabila et de sa majorité fin 2011 à l'issue de législatives et d'une présidentielle marquées par des irrégularités et des fraudes massives.

Aucune des élections directes qui devaient avoir lieu depuis lors ne s'est tenue et les détracteurs du chef de l'État, au pouvoir depuis 2001, accusent depuis plus de deux ans M. Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter, de manoeuvrer pour se maintenir au pouvoir au-delà de la fin de son mandat.

Ils exigent la tenue de la présidentielle dans les temps, alors qu'aucune date n'est encore fixée pour ce scrutin, qui, selon la Constitution doit être "convoqué [...] 90 jours avant l'expiration du mandat du Président en exercice".

Arguant d'obstacles techniques (nettoyage du fichier électoral corrompu hérité de 2011, inscriptions des nouveaux majeurs...) et financiers, plusieurs dirigeants de la majorité réclament un délai, une "transition" de deux à quatre ans, pour permettre d'organiser de "bonnes élections", "c'est-à-dire, selon M. Thisbanda, démocratiques [...] libres, transparentes, crédibles".

Saignée par deux guerres entre 1996 et 2003, la RDC, pays de plus de 70 millions d'habitants parmi les moins développés et les plus corrompus de la planète, dispose pour 2016 d'un budget national voté de quelque 9 milliards de dollars (près de trois fois moins que le bénéfice annuel de la banque américaine JPMorgan en 2015), mis à mal par la baisse des cours des matières premières, alors que le taux d'exécution budgétaire du pays est traditionnellement faible.

M. Kabila, qui entretient le suspense sur son avenir politique, a annoncé en novembre son intention d'organiser un "dialogue national" en vue d'"élections apaisées", perçu comme un "piège" par la majorité de l'opposition. La tenue imminente de ce débat est régulièrement évoqué depuis lors dans la presse locale.

La résolution 2277 a renouvelé pour un an le mandat de la Mission de l'ONU en RDC (Monusco), dont les quelque 17.000 soldats sont chargés de neutraliser la cinquantaine de groupes armés qui terrorisent la population et empêchent encore l'État d'imposer son autorité sur de grands pans du territoire dans l'Est du pays.

"Nous sommes déterminés à ce qu'il y ait des élections", a assuré M. Tshibanda, mais "le plus important" est "que les élections se tiennent dans des conditions de paix et ne perturbent pas la paix".

mj/dom

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