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08/04/2016 08:43 EDT | Actualisé 08/04/2016 08:44 EDT

Portrait inédit de l'itinérance sur la Rive-Sud, selon une nouvelle étude

iStock

« Peu et mal connue », l'itinérance est pourtant bien installée sur la Rive-Sud de Montréal. Si on recense une centaine d'itinérants dans la MRC de Marguerite D'Youville, il pourrait s'agir de la pointe de l'iceberg, selon une nouvelle étude. Le phénomène, plus caché qu'à Montréal, reste difficile à documenter.

Un texte d'Anne-Marie Provost, de Grand Montréal

Trois chercheuses de l'Université de Montréal (UdeM) ont approché différents services, villes et organismes pour faire une compilation du nombre d'itinérants dans la région, qui compte six municipalités, entre 2010 et 2015.

Mais il a été difficile d'avoir accès à des statistiques dans la région.

« Seulement cinq acteurs sociaux sur un potentiel de 31 ont pu fournir des chiffres. Personne ne tient de registre sur ça, à cause d'impératifs de confidentialité », explique Jean-François Lessard, agent de développement à la Corporation de développement communautaire (CDC) de la région, qui a coordonnée l'étude.

Plus cachée qu'à Montréal

Conflits familiaux, toxicomanie, problèmes de santé mentale: les causes de l'itinérance dans la MRC ressemblent à celles de Montréal, révèlent les différentes entrevues menées par les chercheuse. La façon de la vivre, elle, est toutefois différente.

«En Montérégie, c'est pas la même itinérance qu'à Montréal. Elle est plus cachée, alors il y a moins de ressources. Souvent les gens vont dormir dans des places publiques, par exemple les salles d'attente d'hôpitaux ou les centres d'achat. C'est sûr qu'il faut être propre, par exemple, sinon on n'est pas respecté. Les policiers veulent pas qu'on traîne nul part quand on n'est pas propre, même pas dans les parcs, mais là faut bien qu'on survive un peu»

Personne itinérante citée dans l'étude

Si certains dorment incognito dans des lieux publics ou plantent une tente, beaucoup se promènent d'un logement à l'autre, chez des connaissances ou de la famille.

Le Centre d'entraide bénévole de Saint-Amable rapporte notamment le cas d'une « mère ado qui se promène de place en place. [Sa] mère la met dehors parce qu'elle est enceinte ».

Pourquoi des personnes itinérantes restent-elles dans leur ville d'origine? Certains ressentent le besoin de demeurer sur le même territoire quand ils perdent leur logement. D'autres se méfient de Montréal, où il est plus facile de se procurer de la drogue.

« Moi, je suis une personne qui est dans l'itinérance qui a arrêté de consommer, témoigne un itinérant. Montréal, c'est plus un vortex de consommation, c'est une roue, qu'on veuille ou pas, ça finit par nous avoir. À force de le voir à l'entour de nous, la consommation, elle vient à nous rattraper. Donc, moi, je me tiens loin de ça ».

Causes de l'itinérance dans la région :

  • Conflits familiaux
  • Sortie de prison
  • Problèmes de santé mentale
  • Toxicomanie
  • Difficultés financières

Peu de ressources dans la région

L'étude met également en relief le manque de ressources disponibles sur le territoire et leur accès limité. Plusieurs personnes itinérantes parcourent de longues distances pour avoir accès à des services.

Ben, il n'y a pas grand ressources, surtout plus tu es éloigné dans la campagne. Tout est loin. La marche, c'est terrible. Et je me dis : ''quand tu ne manges pas et que faut que tu marches, c'est dur physiquement''.

Témoignage anonyme d'une personne itinérante dans l'étude

Les auteures de la recherche recommandent notamment de développer davantage le transport en commun et d'offrir des billets de taxi lorsqu'une personne doit se rendre d'une ressource à une autre.

Les chercheuses montrent également du doigt l'absence d'organisme d'hébergement d'urgence ou de centre de crise pour les toxicomanes sur le territoire.

« La création d'un centre de crise permettrait de répondre aux individus vivant des moments de crise et de leur offrir un hébergement temporaire, le temps de trouver des solutions à leur situation. Une ressource d'hébergement permettrait également aux individus vivant une crise au niveau du logement de demeurer au sein de leur territoire le temps de trouver des alternatives à leur situation », écrivent les auteures de l'étude.

La peur d'attirer des personnes itinérantes dans la région peut toutefois être un frein. Un policier interviewé souligne que, « malheureusement », le phénomène du « pas dans ma cour » est présent parmi la population.

Certaines villes préfèrent éloigner les personnes itinérantes à coup de contraventions et d'éviction de lieux publics, pendant que d'autres hésitent à mettre sur pied des ressources.

La Ville se réfère à nous parce qu'ils ne savent pas quoi faire. Ils veulent nettoyer leur ville. "Ça n'existe pas les itinérants." Nous, on veut les aider, mais la Ville semble vouloir les faire partir.

Un représentant de la Maison des jeunes de Varennes

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