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St Germain débarque avec sa deep house afro au Métropolis (PHOTOS)

St Germain, de son vrai nom Ludovic Navarre, était sur les planches du Métropolis de Montréal avec sa bande de musiciens, mercredi soir, pour partager la musique de son plus récent album homonyme, paru en octobre. Certes, les sonorités électro-blues jazzy de ses deux albums mythiques Boulevard (1995) et Tourist (2000) sont toujours présentes dans son travail scénique, mais ce sont les sonorités maliennes qui ont surtout marqué la soirée.

En entrevue avec le Huffington Post Québec à l’automne, il avait expliqué que sa deep house avait été grandement influencée par la riche musique du Mali. Sur la scène du Métropolis, on pouvait d’ailleurs constater que l’Afrique était à l’honneur, les sept musiciens (Cheikh Lo Ouza Diallo au kora, Guimba Kouyate puis Sadio Kone à la guitare et au n'goni, Sullyvan Rhino à la basse, Jorge Bezerra aux percussions et à la batterie, Didier Davidas au clavier, Edouard Labor au saxophone et à la flûte) étant majoritairement originaire de ce continent.

St Germain au Métropolis - 6 avril 2016

Le blues d’Afrique

Sur la scène, le directeur musical St Germain est posté un tantinet en retrait derrière sa tour de contrôle. De chaque côté de lui, le claviériste et le percussionniste-batteur. Sur la ligne de front, à l’avant, les cinq autres joueurs du groupe.

À neuf heures, Navarre propose une entrée en matière malienne rêvasseuse: la basse électrique, la batterie et le saxophone soprano forgent une ambiance décontractée. Tout s’installe lentement avec une première proposition instrumentale. Plus dynamique, le morceau Real Blues (sur lequel est couchée la voix échantillonnée du bluesman texan Lightnin' Hopkins, décédé en 1982), issu du récent album, donne vraiment le ton. On entend les premiers échantillonnages vocaux, qui seront nombreux durant la soirée. Les rythmes sont répétitifs et les motifs rappellent assez bien l’ancien travail du mec de la French Touch. Or, la musique soul à laquelle il nous a habitués est ici plus transformée qu’à l’habitude. Elle est malienne, africaine, française, européenne.

Aux premières notes de Rose Rouge, gros hit de l’album Tourist, tous les spectateurs s’émoustillent au parterre (rempli). Les fameuses lignes de saxophone s’immiscent dans cette musique séduisante et entrainante à souhait. Ici, la voix sortant des machines de St Germain, «I want you to get together… Put your hands together» est toutefois accompagnée de sonorités africaines. La sauce occidentaliste jazzy est en effet épicée de saveurs maliennes. Ça colle et ça roule.

L’ambiance lounge pour public inattentif - c’est fâcheux de constater à quel point plusieurs personnes discutent bruyamment et semblent se ficher carrément de la prestation qui est commencée depuis 10 minutes -, se transforme progressivement en un rassemblement festif. Du moins, le temps de cet énorme succès qui a contaminé Montréal et le reste du monde au début de notre troisième millénaire.

Par la suite, retour à d’autres pièces de l’album homonyme de St Germain, offert il y a environ sept mois. Deep house afro contemplative et hypnotique durant une bonne quinzaine de minutes. On dirait une sorte de jam musical de haut calibre propulsé dans l’itinérance, voire le mouvement perpétuel. Le voyage est-il plus important que la destination?

So Flute

Autre gros buzz dans la salle quand la flûte traversière envoie les notes de l’exalté So Flute, autre succès monstre de l’opus Tourist. C’est blues-électro avec des apports africains, encore une fois. Dans certains riffs de guitare, ont sent même le ska antillais (d’ailleurs deux des musiciens proviennent de la Guadeloupe et de la Martinique). De nouveau, c’est la célébration. La soul groovy de St Germain touche tous les corps. À la fin du morceau, les musiciens construiront un pont musical afin de permettre au percussionniste de se défouler aux congas. Sympa.

Au cours de la soirée, nous entendrons d’autres compostions récentes de St Germain, dont Hanky-Panky, How Dare You (chanson pour laquelle le Français a mélangé la voix du bluesman américain R.L. Burnside avec le chanteur-violoniste malien Zoumana Téréta), Sittin’ Here (voix échantillonnée de la chanteuse malienne Nahawa Doumbia) et l’évanescente Family Tree.

C’est avec la contagieuse Sure Thing, autre incontournable de l’album Tourist, que St Germain boucle la boucle.

Malgré le côté très contemplatif (disons que cette musique ondoyante berce plus qu’elle excite dans l’ensemble) et la relative longueur de certains morceaux proposés au Métropolis, nous pouvons dire sans trop nous tromper que St Germain offre un bon spectacle. Dommage que certaines des voix manipulées (elles sont nombreuses) par Ludovic Navarre ne soient pas incarnées par Nahawa Doumbia, Zoumana Téréta ou encore R.L. Burside, puisque cela apporterait beaucoup de vie sur les planches.

Disons que les musiciens sont sympathiques, mais ne créent pas un magnétisme complet avec l’audience. Mais bon, plus facile à dire qu’à faire de tourner avec de tels artistes-chanteurs, surtout quand ils sont décédés, comme Burnside (2005)…

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