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Le nouveau vernis de Rihanna

La tournée de Rihanna qui fait escale au Centre Bell, mercredi et jeudi, porte le nom de Anti, tout comme son disque paru en début d'année. Anti-quoi? Anticonformiste est peut-être bien le mot qui colle le mieux à la jeune artiste de la Barbade.

Un texte de Philippe Rezzonico

Rihanna refuse les normes, elle contrôle son image (pas de photographes de presse à ses spectacles) et elle a rapatrié récemment les droits de toutes ses chansons depuis ses débuts. Bref, elle mène sa barque comme elle l'entend. Et le droit de ne pas faire comme tout le monde est vraisemblablement synonyme de renouveau sur scène.

Sur scène... et même avant d'y monter, ajouterais-je. Rihanna a commencé son spectacle à 21 h 20, c'est-à-dire 40 minutes après la fin de la première partie du rappeur Travis Scott et dix minutes après l'heure annoncée aux médias par le promoteur.

On parle bien de Rihanna? La même Rihanna qui s'était pointée sur les planches très précisément une heure et 22 minutes après la fin de la prestation de son invité de première partie lors de son spectacle de 2013 au Centre Bell? Elle est désormais ponctuelle. Anti-diva, donc.

D'ordinaire, il n'est guère recommandé de commencer un spectacle en chantant une ballade lors d'une tournée d'arénas, surtout si 14 005 spectateurs survoltés vous attendent. Rihanna n'a cure de ces considérations conformistes. Elle arrive par un couloir en interprétant Stay, tandis qu'une scène éphémère prend forme automatiquement derrière la régie de son, au parterre. Ballade ou pas, Rihanna provoque un effet bœuf d'entrée de jeu.

Et elle enchaîne Love the Way You Lie - qu'elle a enregistré avec Eminem - sur cette plateforme surélevée, d'un blanc immaculé, avant qu'une passerelle translucide suspendue ne descende du plafond afin de lui permettre de survoler la foule au parterre. Là, durant l'interprétation de Woo et de Sex With Me, on retrouve la Rihanna sensuelle, aguichante, et même quelque peu « cochonne » de naguère. À travers le plancher translucide, elle prend des poses provocantes pour le plus grand plaisir des spectateurs massés sous elle qui se rincent l'œil.

Ce sera toutefois l'un des rares clins d'œil à la Rihanna du récent passé. Celle qui s'est présentée en ville cette semaine est désormais une femme sophistiquée dont l'émancipation est derrière elle. Et ça se mesure aussi dans les choix esthétiques de la production et des costumes.

Que ce soit les manteaux longs à capuchon, les cuissardes, les corsets lacés ou les longues robes, tout ce que portait Rihanna était chic, de bon goût et de couleurs plutôt neutres : du blanc cassé, des beiges, des tons de terre, etc. Absolument rien de criard. Le décor allait dans le même sens : une scène - trop - spacieuse et blanche dont l'effet de profondeur était accentué par les quelque vingt rangées de sièges dont l'arrière-scène était recouverte de grandes toiles.

Il y avait une forme de raffinement que l'on n'avait jamais encore vu chez l'artiste, sinon, quelque peu lors de la tournée d'y il y a trois ans. Mais disons que nous étions à des années-lumière de celles de 2010 et de 2011 quand Rihanna chevauchait un char d'assaut de couleur rose, qu'elle chantait vêtue d'un bikini, ou qu'elle dansait sur une bagnole cabossée.

Ce parti pris se reflétait dans la sélection des chansons. Plus de la moitié des titres proposés étaient tirés de Anti et de Unapologetic (2012). Quand le clin d'œil au passé est une chanson de 2007 (Umbrella), on a droit à un spectacle où l'artiste se conjugue au présent. Visiblement, c'est ce que les spectateurs étaient venus chercher à en juger par leurs hurlements. Pour It Up a été rassembleuse et Live Your Life, fédératrice. Quant à Bitch Better Have My Money, quand les six musiciens, les trois choristes et les six danseurs incroyablement flexibles ont été mis à contribution, elle a été percutante.

Rihanna a beau produire encore des clips sensuels qui accrochent l'œil, comme Kiss It Better, ces derniers jours, elle semble désormais éviter les controverses en spectacle. C'était quand même étonnant de voir les danseurs de la dame s'offrir avec de grands sourires une magnifique chorégraphie, torride et très physique, durant Man Down, une chanson dans laquelle Rihanna tire sur son violeur dans le clip d'accompagnement d'antan. Lors du spectacle de 2011, les écrans étaient colorés de rouge et un coup de feu avait mis un terme à la chanson. Édulcoré, le propos.

Bien sûr, Rihanna, comme Janet Jackson, Britney Spears et Madonna, dispose de bandes préenregistrées qui sont utilisées le plus souvent lors des chansons rythmées. Mais pour le reste, il n'y a pas de trucage et elle s'éclate notamment sur Desperado, nappée d'un déchirant solo de guitare.

Sinon, ses choristes font très bien le travail et la foule apporte son concours pour Work, Take Care (le duo avec Drake) et Diamonds, durant laquelle la toile suspendue en arrière-scène a l'air d'un immense rideau de douche sur lequel coule de la neige carbonique qui ressemble à du savon-mousse. Bel effet.

Les spectateurs ont aussi chanté avec abandon Four Five Seconds, la chanson écrite par Kanye West et Paul McCartney, et que les deux artistes et Rihanna ont interprété ensemble lors de la cérémonie des Grammy, en 2015.

Et comme elle l'a fait en début de soirée, Rihanna a bouclé son spectacle d'une heure et 25 minutes avec deux ballades (Love On the Brain, Kiss It Better), avant de disparaître sous la scène. Anticonformiste, disais-je.

En définitive, l'absence de bombes musicales comme SOS, Don't Stop the Music, Hard et autres Shut Up and Drive a escamoté le grain de folie et l'exubérance juvénile auxquels nous étions habitués, mais force est d'admettre que la Rihanna de 2016 a un vernis qui lui sied bien à l'approche de la trentaine.

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