POLITIQUE
07/04/2016 08:29 EDT | Actualisé 08/04/2016 10:14 EDT

Congrès du NPD : les enjeux vont au-delà de Thomas (ANALYSE)

OTTAWA —Thomas Mulcair conservera-t-il son poste de chef du NPD? C’est la question qui est sur toutes les lèvres.

Les 1521 délégués qui participeront au congrès national d’Edmonton auront la réponse dimanche. Deux jours de débats sur les orientations du parti auront lieu avant qu’ils ne passent au vote.

Prenant acte de leur défaite du 19 octobre, les néo-démocrates devront déterminer s’il vaut mieux garder le cap et communiquer plus efficacement avec la population, ou revoir leur programme en profondeur et se doter d’un nouveau chef.

Le chef du NPD Thomas Mulcair en conférence de presse avec Nathan Cullen à Ottawa, le 24 novembre 2015. (Photo : Fred Chartrand/PC)

Plusieurs membres du NPD ont remis en question la gestion de la campagne électorale ces derniers temps, mais leurs critiques ont fait place à des appels encore plus vigoureux en faveur d’un grand virage à gauche.

Les ex-députés Libby Davies et Craig Scott, par exemple, ont fait équipe avec Avi Lewis pour exiger que le NPD adopte les valeurs du manifeste Un bond vers l’avant. Ce document prône de nombreux changements économiques et sociaux, dont la réduction du budget militaire et la hausse du taux d’imposition des entreprises afin de financer les services publics.

Le député britanno-colombien Nathan Cullen n’est pas étranger à cette remise en question, qu’il a surtout observée à l’échelle provinciale lorsque le NPD n’obtenait pas d’aussi bons résultats que prévu.

En dépit du piètre résultat de l’élection fédérale, celui-ci demeure convaincu que le programme du NPD est pertinent.

« Nous n’avons pas su communiquer nos idées et les mettre en pratique. Pendant ce temps, les libéraux ont présenté des idées qui auraient pu figurer dans notre programme. Ils ont prédit avec justesse que les Canadiens étaient mûrs pour ce genre de discours. »

Cullen fait le même constat que des milliers d’autres membres du NPD, dont les critiques ont été compilées dans l’Examen de la campagne 2015, publié sous la direction de la présidente Rebecca Blaikie.

Ce rapport pointe du doigt la promesse de présenter des budgets équilibrés, qui a positionné le NPD dans le camp du « changement prudent ». Bon nombre de sympathisants néo-démocrates ont été décontenancés par cette prise de position qui allait à l’encontre du vigoureux coup de barre souhaité par les médias et la population. Le rapport souligne que cette promesse a jeté une ombre sur le « plan économique progressiste » du NPD.

Selon Cullen, les organisateurs de campagne ont mal évalué l’humeur de l’électorat lorsqu’ils ont abordé la question des déficits neuf mois avant l’élection.

« La paternité du programme a tout de même son importance », nuance-t-il. « Si le budget libéral du mois de mars et son déficit de 29,4 milliards de dollars avaient été recouverts d’une jaquette orange, Bay Street aurait réagi différemment. »

Peggy Nash prenant la parole lors du congrès à la chefferie du NPD, tenu à Toronto le 23 mars 2012. (Photo : Pawel Dwulit/PC)

Il va sans dire que les choix effectués lors de la dernière campagne électorale sont scrutés à la loupe par les membres, les candidats défaits et divers observateurs de la scène politique.

Peggy Nash, ex-candidate à la chefferie de 2012 ayant perdu son siège au mois d’octobre, a justement publié une critique cinglante à ce sujet dans les pages du Huffington Post.

Elle y explique avoir subi la défaite « malgré des bénévoles plus nombreux, des finances plus généreuses et des affiches plus visibles que jamais ». Elle se dit indécise et attend de voir si Mulcair saura inspirer les délégués avant de se prononcer sur son sort.

D’autres militants ont déjà pris position, à commencer par le président du Congrès du travail du Canada Hassan Yussuff, qui s’adressera à l’ensemble des délégués vendredi. Celui-ci estime que Mulcair ne mérite pas une deuxième chance, et que le parti a besoin de sang neuf afin de mieux affronter Justin Trudeau en 2019.

Pour sa part, l’aile jeunesse du NPD a publié mercredi une lettre invitant les membres à appuyer « une nouvelle direction et un nouveau type de leadership ».

Un rescapé de la Vague orange appuie Mulcair

Le député québécois Matthew Dubé, réélu à l’automne, n’est pas du même avis et fait partie d’un groupe de députés qui appuient leur chef avec enthousiasme.

Dubé insiste sur l’excellente performance de Thomas Mulcair à la Chambre des communes. Une performance qui aurait selon lui contribué à défaire le gouvernement Harper. « Le NPD n’en a pas récolté les fruits, mais Thomas Mulcair a démontré qu’il est capable d’exiger des comptes, de proposer des changements et de faire tout le travail nécessaire au Parlement comme sur le terrain. »

« Pour évaluer le travail d’un chef, il faut considérer l’ensemble de son œuvre et pas uniquement une campagne électorale, aussi longue soit-elle. Nous aurions pu être plus prudents ou audacieux, mais nous formons avant tout une équipe et les torts sont partagés. »

Le député néo-démocrate Matthew Dubé dans la circonscription de Laval, Québec, le 25 août 2015. (Photo : Mario Beauregard/PC)

« Personnellement, je regarde le travail qu’il a accompli, et la manière dont il a tenu tête à Stephen Harper lorsqu’il a été question de la loi C-51 et du scandale au Sénat. Le Parti libéral a remporté l’élection, mais c’est Thomas Mulcair qui a poussé les conservateurs vers la sortie. Il est très important de ne pas perdre de vue cette réalité. »

Le jeune député québécois, qui fait partie du groupe d’étudiants de McGill propulsés par la Vague orange de 2011, croit que son chef est déterminé à corriger le tir, à écouter les membres et à revenir aux enjeux qui leur tiennent à cœur.

« Nos résultats décevants nous incitent à revenir à nos racines, mais nous devons aussi garder l’espoir de former un gouvernement, car c’est la manière la plus efficace de changer les choses ».

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