BIEN-ÊTRE
06/04/2016 11:25 EDT

#Tousencrés Tatouages et préjugés: stars et gens d'affaires se prononcent

Neil Mota

Une campagne de sensibilisation unique bat son plein présentement au Québec: #Tousencrés.

#Tousencrés c’est 20 personnalités publiques de tous horizons, solidaires et unis pour la cause : combattre les préjugés à l’égard des jeunes en difficulté. L'idée derrière cette campagne est de briser les tabous associés aux gens tatoués, les préjugés face aux jeunes marginaux et aussi, par le fait même, de soutenir des organismes comme le Refuge des Jeunes à Montréal et le Trait d'Union à Québec.

À la barre de ce projet : Felipe del Pozo et l’artiste montréalais Pierre Chapelan, reconnu comme l’un des meilleurs tatoueurs en Amérique du Nord et qui a entre autres tatoué Benoît Gagnon et plusieurs autres artistes impliqués dans la campagne.

Le porte-parole Benoît Gagnon n’hésite pas à dénoncer les préjugés encore bien présents dans le milieu télévisuel où l’image compte plus que tout.

«J’ai des tattoos depuis une douzaine d’années environ et ça fait 26 ans que je fais de la radio et de la télé. J’ai toujours aimé les tattoos. Ça serait malhonnête de ma part de dire que je n’ai jamais pensé aux préjugés… En même temps, à l’époque je trouvais ça ridicule qu’on ne m’engage pas à cause de mes tattoos, ça n’enlève en rien le talent de communicateur que je peux avoir parce que j’ai de l’encre ou non dans le bras. J’y avais réfléchi et je m’étais dit, ça, c’est moi et ça vient avec qui je suis. Le tatouage est une forme d’art. Malgré ça, j’ai entendu plein d’histoires de gens qui n’ont pas passé (dans le milieu) pour telle ou telle raison. Pour des raisons d’image».

«C’est la même histoire avec mes amis qui sont hommes d’affaires et qui portent des chemises à manches longues même l’été, qui sont prêts à avoir chaud au lieu de subir le regard d’autres personnes qui sont parfois un peu plus âgées et qui ont toujours travaillé de façon assez conservatrice» - le porte-parole Benoît Gagnon.

Pionnière: Geneviève Borne

Sur notre petit écran, l’une des pionnières à arborer un look qui détonnait à ses débuts à Musique Plus est résolument Geneviève Borne. Avec sa chevelure rouge pompier et son tattoo sur le bras droit, l’animatrice avait incontestablement un look notoire. Est-ce que cela lui a servi, à l’époque?

« J’ai fait mes débuts à Musique Plus et rapidement j’ai eu des tatouages, c’était une façon d’exprimer ma personnalité… Moi je n’ai jamais vécu de préjugés par rapport à ça. En fait quand j’étais à Musique Plus c’était tout à fait en harmonie avec mon travail. Je faisais des entrevues avec des artistes, j’animais une émission de métal, quand mon patron de l’époque m’a vue arriver avec mon tatouage il a dit, " ah! Cool! " alors que dans un autre milieu ça n’aurait peut-être pas été aussi bien accueilli», explique Geneviève Borne.

Dans le milieu sportif

Tout autre son de cloche chez Alexandre Despatie, qui a remporté la médaille d’argent en plongeon aux Jeux Olympiques de 2008 :

« Quand j’ai débuté j’avais de tout petits tattoos cachés, donc pas visibles, justement parce qu’en plongeon, on est jugé. Dès qu’on embarque sur le tremplin, on est jugé. Donc si un juge n’aime pas hasard pas les tattoos, bien déjà dans l’inconscient avant même d’avoir fait le plongeon, il y a déjà un petit bout qui peut ne pas nous aider.»

«Au niveau où j’étais, un demi-point peut faire toute la différence à la fin. Je me suis retenu pendant plusieurs années d’avoir des tattoos car j’en voulais depuis longtemps. Certains plongeurs avaient des tatouages, mais pas au niveau auquel moi j’étais ». Les tattoos étaient donc à l’époque stigmatisés, avaient une connotation fort négative. « J’ignore si c’est encore le cas aujourd’hui cependant », signale l’athlète.

Galerie photo Tatouages de célébrités Voyez les images

Dans le milieu financier et légal

Les tatouages sont résolument tabous. Les diverses personnes interviewées à ce sujet s’entendent pour dire que les tattoos ne discréditent aucunement un individu, mais que l’establishment ne permet pas encore, du moins à moyen terme, de déroger à ses codes et non-dits extrêmement conservateurs. Charles-David, agent représentant au service à la clientèle, officiant dans une banque montréalaise: «En finance, les mecs qui ont des tatouages, j’en connais quelques-uns. Ils gardent leurs manches longes boutonnées en tout temps même en pleine canicule-jamais ils ne les roulent. À ma banque, on ne s’est jamais fait dire que les tattoos étaient inappropriés, mais tout le monde le sait bien. »

Une question de perception...

Le réputé homme d’affaires François Lambert, lui, croit que tout est une question de perception: «Le problème dans le monde des affaires est la perception! Quand tu arrives à une entrevue et que la personne a des tattoos, je vais les regarder pour voir ce que les tattoos représentent. S'il y a des tattoos artistiques, je ne me pose pas de questions, par contre si je vois des tattoos plutôt violents ou vulgaires, je risque de passer mon tour sur un candidat! La plupart des gens d'affaires que je connais et qui ont des tattoos ne les montrent pas! Dans le monde des affaires, la première impression est primordiale».

Pour David, qui bosse au sein d’une gigantesque firme immobilière, le problème serait plutôt géolocalisé: «C'est assez marginalisé encore, je dirais. C'est accepté, mais c'est vu un peu de travers. Ça génère des questions. Je me suis rendu compte que ça passe mieux à Montréal qu'ailleurs. Je suis allé à LA pour une convention de la compagnie et les associés des autres bureaux passaient plus de commentaires genre "Ah on sait bien, vous au marketing, vous êtes plus spéciaux..." ».

Et dans l’industrie de la mode et de la beauté

Une présidente, qui a voulu taire son nom, résume bien le paradoxe qui caractérise l’univers des tatouages: `

«Côté beauté, mode, je trouve ça un peu plus délicat. Pour être hyper honnête; moi j’en ai un sur l’omoplate et souvent je réalise que lorsque je vais voir des dirigeants de corporations beautés, des clients un peu plus haut placés, j’ai souvent le réflexe de me dire que si je me mets une robe et qu’on voit mon tattoo, je vais garder mon veston.»

«Alors, il y a quand même la notion où l’on veut être un peu tel un canevas par rapport à notre look car on veut que le client qu’on représentera aime notre look, qu’il puisse se voir à travers notre image. Tout dépend de ton créneau. J’évolue dans le haut de gamme donc il y a quand même un peu de préjugés, des non-dits. Les tattoos sont très, très, très présents, moi ça me dérange pas, mais je sais que dans les hautes sphères du PR au sein les grosses corporations, je ne pense pas que ce soit super bien vu ».

Le grand public sera appelé à participer lui aussi au mouvement #Tousencrés, en publiant une photo sur les réseaux sociaux avec le hashtag #tousencrés de leurs tattoos personnels. En mai, la campagne réunissant notamment Éric Lapointe, Eve Salvail, Francisco Randez, Jean-Michel Anctil, Antoine Sicotte et Dan Bigras sera dévoilée lors d’un vernissage à Montréal.