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05/04/2016 07:26 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

Traité "d'escroc" par l'opposition, le président sud-africain Zuma devrait échapper à la destitution

Le président sud-africain Jacob Zuma, discrédité par la justice qui l'a reconnu coupable de violation de la Constitution, faisait face mardi à une procédure de destitution, à l'initiative de l'opposition qui l'accuse d'être "un escroc" et le "cancer de la politique".

Sauf coup de théâtre, le chef de l'Etat devrait survivre à un vote attendu mardi après-midi: la procédure de destitution requiert une majorité des deux-tiers (267 votes), et le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), qui soutient officiellement Jacob Zuma dans cette nouvelle tempête, dispose d'une écrasante majorité au parlement (249 des 400 sièges).

L'opposition ne se voile d'ailleurs pas la face sur l'issue du vote. "L'histoire se rappellera que les députés de l'ANC ont choisi de défendre un escroc, au lieu de défendre la Loi suprême" en votant contre la destitution, a lancé Mmusi Maimane, le leader du principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), aux bancs de l'ANC.

"La corruption à l'ANC a contaminé l'ensemble du parti, comme un cancer (...). Ce n'est plus l'organisation qui avait produit" feu Nelson Mandela ou encore Ahmed Kathrada, héros de la lutte anti-apartheid, a-t-il ajouté.

"L'ANC est pourri jusque dans son coeur", a-t-il lâché lors d'un débat parlementaire houleux marqué par une interruption de séance d'une heure.

La procédure de destitution a été lancée par la DA après le jugement historique la semaine dernière de la Cour constitutionnelle.

La plus haute instance judiciaire du pays a jugé que le chef de l'Etat avait violé la constitution en refusant de rembourser les frais de rénovation de sa propriété privée non liés à la sécurité. En cause: la piscine, un centre pour visiteurs, un enclos pour bétail et un poulailler.

"Quand la plus haute juridiction a statué que l'homme occupant la fonction suprême a violé la Constitution, ça aurait dû être la fin du président Zuma", a estimé mardi Mmusi Maimane.

"Maintenant que la Cour a statué clairement qui a foutu la pagaille, vous voulez qu'on continue comme si c'était +business as usual+", a poursuivi Julius Malema, chef du parti de gauche radicale des Combattants de la liberté économique (EFF), portant comme à son habitude une combinaison rouge de mineurs.

- "Coup d'Etat"-

Jacob Zuma encaisse les coups depuis plusieurs mois, et se retrouve sous très forte pression à trois ans de la fin de son mandat.

Plusieurs membres historiques de l'ANC et compagnons de lutte de Nelson Mandela l'ont appelé à démissionner.

Son ministre des Finances, Pravin Gordhan, a aussi pris position publiquement sur le sujet: "Une fois que vos actions sont jugées contraires" à la Constitution, "on doit réaliser qu'on s'éloigne de son devoir de servir le peuple", a-t-il lâché lundi.

Mais l'ANC, au pouvoir depuis la fin du régime ségrégationniste d'apartheid en 1994, reste officiellement très fidèle à son leader.

"Le président a présenté ses excuses et assuré la nation qu'il avait agi de bonne foi", a défendu mardi au parlement le vice-ministre de la Justice, John Jeffery.

Vendredi soir, alors que les appels à la démission de Jacob Zuma battaient leur plein, le président s'est adressé, fait rarissime, à la nation, laissant penser un temps qu'il allait peut-être céder à la pression. Mais le chef de l'Etat, surnommé le "président Téflon" -- l'homme sur lequel les scandales glissent sans attacher -- , a simplement reconnu avoir commis une faute constitutionnelle et éludé toute idée de démission.

Il s'est engagé à rembourser les frais qui lui incombent dans sa propriété de Nkandla (est), avant de faire porter à "ses conseillers juridiques" la responsabilité de son erreur.

Dans un communiqué surprenant, le syndicat minoritaire des forces armées sud-africaines (Sandu) a appelé les soldats à participer à toute "action et toute autre moyen légal pour faire tomber Zuma".

Un appel dénoncé par la ministre de la Défense, Nosiviwe Mapisa-Nqakula. "S'il mobilise des hommes et des femmes en uniforme, ça équivaut à un coup d'Etat (...). On n'autorisera pas un coup d'Etat en Afrique du Sud", a-t-elle prévenu lundi.

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