POLITIQUE
05/04/2016 10:16 EDT

«Je n'ai vu que des pratiques exemplaires» - Philippe Couillard

« Je défie qui que ce soit, depuis le 17 mars 2013 alors que j'ai pris la direction du parti, de trouver autre chose que des pratiques exemplaires au parti libéral », a déclaré le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, dans la tourmente depuis les révélations de l'émission Enquête au sujet de Sam Hamad.

Talonné par tous les partis d'opposition qui estiment que le PLQ qu'il dirige n'est pas différent de celui que dirigeait Jean Charest - et qui a été écorché par la commission Charbonneau - M. Couillard a répliqué en renversant le fardeau de la preuve vers ses détracteurs.

« Je prends la responsabilité du parti à partir de ma nomination comme chef, en mars 2013, a déclaré M. Couillard. J'assume le passé de l'institution et tout ce qui va avec, mais ma responsabilité personnelle a commencé au moment où j'ai décidé de me lancer en politique à nouveau. »

Le premier ministre a continué de défendre M. Hamad, qui sera de retour de Floride jeudi.

« Je connais M. Hamad depuis déjà plusieurs années [...] je n'ai rien vu d'autre que du dévouement, des pratiques exemplaires de sa part et de l'efficacité dans ses dossiers », a-t-il déclaré.

M. Couillard laisse toutefois à son ministre le soin de s'expliquer sur son départ vers la Floride. « Ce n'est pas qu'on l'a laissé partir, il nous a avisés qu'il partait, tout simplement », a expliqué M. Couillard, refusant de préciser, malgré les questions répétées des journalistes, si M. Hamad revenait au Québec de son plein gré ou à sa demande.

Vacances floridiennes

Sam Hamad rentrera sous peu de Floride et sera de retour sur les banquettes de l'Assemblée nationale jeudi. Le président du Conseil du Trésor s'est défendu, hier, d'être en Floride, afin de fuir la controverse, dans la foulée des révélations de l'émission Enquête de Radio-Canada.

Refusant de préciser quand son patron est parti en Floride, la porte-parole de Sam Hamad, Cynthia Saint-Hilaire, a indiqué qu 'il avait lui-même pris la décision de rentrer à Québec cette semaine.

«C'est son initiative, c'est lui qui a décidé qu'il allait être là jeudi, a-t-elle dit. Oui, il a pris quelques jours de repos, mais je pense que vu les circonstances on peut le comprendre aussi.» - La porte-parole de Sam Hamad, Cynthia Saint-Hilaire

« Je ne me sauve pas », avait plaidé M. Hamad lundi depuis la Floride, où il avait été joint par Radio-Canada. « Je suis parti pour refaire le plein d'énergie. Je suis brûlé. C'est pas évident, ce que je vis ».

Sam Hamad a tout de même décidé de se retirer de ses fonctions ministérielles en attendant la conclusion de l'enquête du commissaire à l'éthique. Il conserve toutefois les avantages et le salaire d'un ministre.

Le reportage d'Enquête de jeudi dernier faisait état d'une série de courriels démontrant que Sam Hamad était une source d'information stratégique de l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté dont il faisait avancer les dossiers au sein du gouvernement de Jean Charest.

Pour sa part, Marc-Yvan Côté – alors vice-président du conseil d'administration de Premier Tech- s'activait pour le financement politique de Sam Hamad.

Il n'y a eu aucun changement au PLQ, selon Pierre Karl Péladeau

En conférence de presse mardi, le chef de l'opposition officielle Pierre Karl Péladeau a déclaré que le premier ministre Couillard « est quand même le chef du Parti libéral du Québec » (PLQ) et qu'à ce titre il se doit de poser des gestes forts. Aux yeux de M. Péladeau, « aucun changement n'a été effectué au PLQ » et qu'entre Jean Charest et Philippe Couillard : « C'est bonnet blanc et blanc bonnet ».

M. Couillard, rappelle M. Péladeau, avait dit souhaiter faire le ménage au sein de sa formation politique et en ce sens, il importe qu'il « fasse toute la lumière sur le système de financement du PLQ ».

D'autant plus que Philippe Couillard a fait partie du Conseil des ministres de Jean Charest pendant 5 ans, dit encore M. Péladeau. « Philippe Couillard avait dit, comme premier ministre, qu'il passerait tout le monde dans le confessionnal. Et certainement les anciens ministres, membres du Conseil des ministres précédent. Est-ce qu'il l'a fait? », demande le chef de l'opposition officielle.

Relativement à Sam Hamad, M. Péladeau considère que le fait que ce dernier se trouve en Floride dénote « une absence de jugement de sa part et aussi de la part du premier ministre ». Le chef du PQ estime que M. Hamad doit « démissionner de son statut de ministre, et démissionner du caucus ». Faute de quoi, dit-il, toutes les décisions que prendra M. Hamad à l'avenir vont risquer de soulever des soupçons.

«Sa place est ici à l'Assemblée nationale et s'il ne souhaite pas y être, eh bien qu'il démissionne de son poste de député.» - Pierre Karl Péladeau, chef de l'opposition officielle, au sujet de Sam Hamad

La carrière de Hamad est terminée, dit Khadir

Le ministre Hamad est attendu de pied ferme à Québec, où les partis d'opposition réclament sa démission. « Je crois que la carrière politique de M. Hamad est terminée, estime le député de Québec solidaire Amir Khadir. Il ne peut même pas revenir comme député. »

«Il y a un geste noble que M. Hamad peut poser, qui va lui ramener la quiétude d'esprit qu'il recherche en Floride : c'est de démissionner de son poste.» - Amir Khadir

Le député de la CAQ, Éric Caire, estime de son côté que le premier ministre, en retirant à Sam Hamad ses responsabilités ministérielles, « admet, du bout des lèvres, que les allégations pesant sur Sam Hamad sont de nature à jeter le discrédit sur son gouvernement ».

Il estime donc qu'il doit « aller jusqu'au bout de sa logique » et démettre M. Hamad de ses fonctions. Il estime sinon qu'il est hors de question de réintégrer M. Hamad au sein du cabinet tant que les enquêtes ne seront pas complétées et se demande, incidemment dans quel rôle il reviendra au gouvernement, jeudi.

«Le chef du parti libéral a été incapable de s'élever à la hauteur de sa fonction.» - Éric Caire

De plus, à la lumière des révélations de l'émission Enquête, M. Caire s'interroge sur d'éventuels dossiers qui n'auraient pas été portés à la connaissance de la population. « Est-ce le seul cas ?, s'interroge M. Caire. Est-ce que Marc-Yvan Côté l'a sollicité dans d'autres dossiers ? »

Un grand ménage au sein du PLQ

M. Khadir estime que le PLQ doit aller beaucoup plus loin que de régler le seul cas de Sam Hamad. « C'est à M. Couillard de nous dire ce qu'il compte faire pour changer les moeurs à l'intérieur du Parti libéral, a affirmé M. Khadir mardi matin en conférence de presse.

« Ce parti a amassé 20 millions de dollars en argent mal acquis, par des procédés illégaux, frauduleux. Il faut qu'il commence à payer », a-t-il martelé, en références aux révélations de la commission Charbonneau.

« Quand on sait l'ensemble des preuves qui accablent les pratiques honteuses du parti libéral, que le PLQ a reconnu du bout des lèvres, je pense qu'il faut arrêter de se raconter des histoires », a conclu M. Khadir.

En attendant la conclusion de l'enquête du Commissaire à l'éthique, les responsabilités de Sam Hamad à titre de ministre responsable de l'Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes ainsi que celles du président du Conseil du Trésor ont été confiées temporairement au ministre des Finances, Carlos Leitao.

Ses responsabilités qu'il avait à titre de ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale ont pour leur part été confiées temporairement au ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais.

Embarras chez les libéraux

Les députés libéraux ont été peu loquaces ce matin à l'entrée de leur caucus.

La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, estime que M. Hamad a pris la « bonne décision » en revenant parmi les députés. Refusant de commenter les soupçons qui pèsent sur son collègue, elle s'est limitée à dire qu'il appartient désormais au Commissaire à l'éthique de faire son travail.

Pour sa part, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n'a pas voulu s'exprimer sur le retour de Sam Hamad se contentant de dire que celui-ci a pris une « bonne décision » en se retirant de ses fonctions de ministre le temps que le Commissaire à l'éthique fasse son enquête.

«Je suis dans le présent et dans le futur. Les actions que je pose avec mes collègues, ce sont des actions qui traitent du présent et je trouve évidemment malheureux que toute l'attention soit portée sur le passé.» - Gaétan Barrette

M. Barrette veut tourner la page et décoche, au passage, quelques flèches à l'endroit de ses adversaires politiques, les accusant de faire dans la distraction. « Nous tombons tous dans le panneau des oppositions qui réussissent à ne pas s'occuper des affaires courantes qui touchent les citoyens et les citoyennes au quotidien en parlant du passé ».

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