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05/04/2016 08:07 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

Non-lieu de la CPI pour le Kényan Ruto: "une déception pour les victimes"

La décision de la Cour pénale internationale (CPI) de mettre fin aux poursuites contre le vice-président kényan William Ruto constitue "une déception pour les victimes" des violences post-électorales de 2007-2008, a déclaré mardi à la presse l'avocat des victimes.

"La décision a été rendue et c'est une décision que nous devons respecter. Bien entendu, il ne fait aucun doute que cette décision va constituer une déception pour les victimes", a déclaré leur défenseur devant la CPI Wilfred Nderitu, lors d'une conférence de presse à Nairobi.

Il a appelé la procureure de la CPI Fatou Bensouda à "faire appel" de la décision.

"Je voudrais dire qu'en dépit de cette situation, j'espère que ce sera l'occasion d'un moment de réflexion collective, pour s'assurer de ne pas retomber dans une crise comme celle de 2007-2008", a ajouté M. Nderitu.

William Ruto, 49 ans était poursuivi pour des meurtres, persécutions et déportations commises durant les violences qui avaient suivi la réélection contestée du président Mwai Kibaki face à Raila Odinga, qu'il soutenait, en décembre 2007, faisant plus de 1.300 morts et 600.000 déplacés, selon l'accusation.

Parmi ces victimes, Beth Wambui, 65 ans et Rogers Mwai, 41 ans, interrogés peu après la décision de la CPI par l'AFP à Nakuru (centre), ne cachaient pas leur amertume.

"Depuis le début, je n'ai jamais eu foi en la CPI", a réagi Mme Wambui, dont la maison avait été incendiée en janvier 2008 et qui depuis vit avec sa famille près de la ville de Nakuru.

"Ce que la CPI aurait dû faire, c'est de mettre la pression sur le gouvernement kényan pour qu'il arrête les coupables sur le terrain, qui auraient alors dû révéler qui les avaient financés et commandités", a-t-elle estimé.

Rogers Mwai, charpentier de profession, a lui aussi dû fuir les violences qui secouaient sa ville de Kericho dans la grande Vallée du Rift, épicentre des pires violences de l'histoire post-coloniale kényane.

"Ce que la CPI doit nous dire maintenant, c'est qui était derrière les violences post-électorales. Si ce n'étais pas Ruto et si ce n'était pas (l'actuel président kényan) Uhuru Kenyatta, alors qui c'était?", s'est-il emporté.

En décembre 2014, la CPI qui avait inculpé le président Uhuru Kenyatta de crimes contre l'humanité pour son rôle présumé dans ces violences, avait abandonné ses poursuites, faute de preuves.

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