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05/04/2016 08:20 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

Les qualifications en F1, ou comment la politique l'emporte sur le sport

La F1 a le don de se compliquer la vie, empêtrée dans des problèmes de gouvernance. Le format des qualifications en est le parfait exemple.

Un texte de Philippe Crépeau

Le dernier exemple est le format 2016 des qualifications qui ne convient à personne, et que la FIA tient absolument à maintenir.

Bernie Ecclestone avait proposé en février de modifier le format en vigueur en 2015 pour éviter que Mercedes-Benz et Ferrari ne monopolisent les deux premières lignes de la grille et pour tenter d'obliger les pilotes à sortir plus en piste.

La formule, par élimination, choisie dans l'urgence quelques jours avant le Grand Prix d'Australie a fait exactement le contraire.

L'élimination du pilote le plus lent à chaque tranche de 90 secondes jumelée à l'obligation de préserver les pneus pour la course a vidé la piste avant la fin de l'exercice et a clairement montré les failles du système à Melbourne.

Les pilotes Ferrari ont envoyé un message clair en sortant de leur voiture avec quatre minutes à faire à la séance.

Le patron de Red Bull, Christian Horner, a réagi en disant que la F1 devrait présenter ses excuses aux amateurs, et revenir au modèle de 2015.

Réunion d'urgence à Melbourne. Tout le monde a été d'accord pour revenir au format de 2015.

Ce n'est pas tous les jours que les équipes s'entendent, tant les intérêts sont divergents, mais sur ce dossier, l'unanimité (nécessaire pour modifier un règlement de la saison en cours) n'a pas fait l'ombre d'un doute.

Cela ne sert à rien d'essayer de trouver un compromis dans l'urgence, ont dit les patrons d'équipe.

On a cru que tout rentrerait dans l'ordre à Bahreïn avec le format 2015 de retour, et qu'on oublierait vite cet essai raté.

Surtout que le Grand Prix d'Australie a été de grande qualité. L'ajout en 2016 d'un troisième type de pneus à la disposition des équipes pour la course ajoute à l'incertitude du résultat.

Mais non, la FIA n'a pas souhaité abdiquer face aux équipes, soit revenir au format 2015, et a proposé de modifier le format 2016. Et c'est l'amendement de la FIA qui fait l'objet du vote de ratification, pas le retour au format de 2015. Plusieurs équipes ont refusé.

Sans l'unanimité des équipes, l'amendement a été rejeté, et la F1 a dû garder à Bahreïn le format 2016 utilisé en Australie.

Nouvelle réunion d'urgence à Bahreïn. Cette fois, la FIA et Bernie Ecclestone ont de nouveau refusé de faire marche arrière, et ont proposé une autre idée : cumuler deux chronos pour établir les temps. Compliqué pour tout le monde.

C'est à celui qui aura le dernier mot… On tourne en rond.

Les pilotes et les patrons se sont exprimés. Entre le patron de Mercedes-Benz Toto Wolff qui parle de « folie » et le pilote Ferrari Sebastian Vettel qui parle de « cirque », on comprend que le malaise est profond.

Les anciens pilotes, notamment Jacques Villeneuve et Martin Brundle, ont rappelé que la séance de qualification devrait rester un exercice de vitesse pure sur une heure pour déterminer qui partira de la pole position. Simple et efficace.

La FIA et Bernie Ecclestone s'entêtent. La joute est clairement politique. Bernie Ecclestone ne veut plus que les équipes puissent bloquer les décisions avec l'obligation de l'unanimité (sauf sur les questions de sécurité).

Comme l'écrit très justement Martin Brundle :

« Pourquoi jouer avec le format des qualifications, alors que le spectacle est de bonne qualité et que le plateau est solide? Si la F1 n'est pas revenue simplement au format de 2015, c'est qu'il y a un problème de gouvernance. Ça ne fonctionne plus. Toute discussion devient un véritable casse-tête.

« Il y a une lutte de pouvoir qui existe pour montrer qui dirige la F1. C'est une façon de redéfinir le paysage commercial et réglementaire de la F1, qui de toute façon ne changera pas avant 2020 [en raison des contrats en vigueur], à moins qu'il y ait un big bang. »

Bernie Ecclestone a toujours régné en maître, et il déteste le principe de démocratie en F1. Il voudrait reprendre les pleins pouvoirs. Il ne les a plus, et ne les aura plus jamais.

À la suite de la lettre ouverte de l'Association des pilotes (GPDA) dénonçant les problèmes de gouvernance, M. Ecclestone a utilisé les micros qui se tournent encore vers lui.

« Les pilotes devraient se contenter de piloter. Que font-ils de leur argent? Ils n'investissent pas un sou dans le sport. Quand vous les invitez à souper, ils ne paient même pas l'addition », a-t-il dit aux médias dans le paddock de Bahreïn.

Une autre réunion est prévue jeudi pour tenter de s'entendre sur le format des qualifications, et pendant ce temps, sur les réseaux sociaux, les amateurs se déchaînent, et la crédibilité de la F1 s'effrite.