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05/04/2016 07:43 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

Les noms et les pratiques fiscales opaques continuent de sortir des "Panama Papers"

La liste des personnes éclaboussées par les "Panama Papers" s'allongeait mardi, jetant la lumière sur les pratiques fiscales opaques de certains hommes politiques, sportifs, entrepreneurs... Des révélations qui ont même déclenché une crise politique en Islande.

Le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson, empêtré dans l'affaire des "Panama Papers", et sous la pression d'importantes manifestations, a demandé l'autorisation de dissoudre le Parlement au président qui la lui a refusée.

C'est pour l'instant l'effet le plus marquant de ces vastes révélations du Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), qui a eu accès à plus de 11 millions de documents du cabinet d'avocat panaméen Mossack Fonseca, mettant en lumière les pratiques financières et fiscales de tout un éventail de clients, du simple entrepreneur au chef d'Etat en passant par des banques ou des sportifs.

Pour l'instant, les seules personnes ayant été emportées par les révélations ne sont pas connues du grand public, comme Laszlo Boldvai, un cadre local du parti socialiste hongrois, ou Gonzalo Delaveau, responsable de l'antenne chilienne de l'ONG anti-corruption Transparency International.

A l'instar de son homologue islandais, le Premier ministre britannique David Cameron était aussi sous pression, mais dans des proportions bien moindres. Son père Ian ayant dirigé un fonds d'investissement basé aux Bahamas dont les profits ont échappé au fisc britannique grâce à un montage via Mossack Fonseca, le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn a demandé "une enquête indépendante".

Le quotidien français Le Monde, un des participants à l'opération de l'ICIJ, a mis en cause l'entourage de Marine Le Pen, la présidente du Front National (extrême droite), l'un des principaux partis politiques français. L'un des proches cités par le journal, Frédéric Chatillon, a protesté de la "parfaite légalité" des opérations.

Aux Pays-Bas, le quotidien Trouw affirme que parmi les centaines de Néerlandais qui ont utilisé les services du cabinet panaméen pour créer des sociétés dans des paradis fiscaux, figure l'ancien footballeur international Clarence Seedorf.

Le Monde a aussi ciblé la banque française Société Générale, dans le top 5 des banques qui ont eu le plus recours à Mossack Fonseca pour créer des sociétés offshore, derrière HSBC, UBS, Crédit Suisse.

Créer une société offshore n'est pas en soi une pratique illicite et le PDG de Credit Suisse, Tidjane Thiam, a déclaré mardi à Hong Kong à l'agence Bloomberg News que la banque n'approuvait que les opérations offshore "légitimes".

- Programme nucléaire -

Certains noms font en revanche planer un nuage plus sulfureux sur les "Panama Papers".

Selon Trouw, John Bredenkamp, un négociant d'armes, aurait eu "au moins 13 sociétés" via Mossack Fonseca, dont "au moins cinq se sont retrouvées sur des listes internationales de sanctions pour son implication présumée dans la vente d'armes au président du Zimbabwe" Robert Mugabe.

Les médias britanniques BBC et The Guardian font aussi état d'activités allant au delà de la simple évasion fiscale, affirmant qu'une société écran nord-coréenne utilisée pour financer le programme nucléaire de Pyongyang a figuré parmi les clients de Mossack Fonseca.

DCB Finance, domiciliée à Pyongyang, a été enregistrée dans les Iles Vierges britanniques en 2006 et fut légalement constituée par Mossack Fonseca, qui a cessé de la représenter en 2010. La DCB a été visée à partir de juin 2013 par des sanctions de Washington qui la soupçonnait d'avoir, à compter de 2006, fourni des services financiers à deux entités nord-coréennes jouant un "rôle central" dans le développement des programmes nucléaire et balistique nord-coréens.

Depuis les premières révélations dimanche soir, plusieurs pays ont annoncé l'ouverture d'enquêtes et la plupart des personnes mises en cause ou leur entourage ont affirmé respecter la loi ou ont tout simplement balayé les accusations.

La diffusion des révélations ne se faisait pas partout dans le monde sans heurts. En Chine, les autorités et les médias passaient le tout sous silence, et en Tunisie, le webzine "Inkyfada", chargé du volet tunisien des "Panama papers", a indiqué mardi avoir été victime d'une "grave attaque informatique", quelques heures après la mise en ligne de premières informations.

Face à ces tombereaux de révélations, le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans a déclaré à Varsovie qu'il fallait faire en sorte "que ce ne soient pas seulement les citoyens ordinaires qui payent leurs impôts, mais aussi ceux qui ont beaucoup d'argent, ceux qui gagnent beaucoup d'argent".

La France a elle annoncé qu'elle allait réinscrire le Panama sur sa liste des paradis fiscaux, "avec toutes les conséquences que ceci aura pour ceux qui auront des transactions" avec ce pays d'Amérique latine, a déclaré le ministre des Finances Michel Sapin.

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