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05/04/2016 18:00 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

Les Néerlandais aux urnes pour un vote symbolique sur Bruxelles

Les électeurs néerlandais doivent décider mercredi s'ils rejettent l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine, au cours d'un référendum consultatif devenu un vote symbolique sur la légitimité de Bruxelles.

Les bureaux de vote, installés dans les écoles, les gares ou des magasins, seront ouverts à travers le pays à partir de 07H30 (05H30 GMT) et ce, jusqu'à 21H00 (19H00 GMT).

Les sondages prédisent une légère victoire du "Non" à la veille du vote sur cet accord, qui vise à renforcer le dialogue politique ainsi que les échanges économiques et commerciaux entre l'UE et l'Ukraine.

"Les idées sont très divisées et en même temps, il y a un grand groupe qui n'a pas formé d'opinion", a ainsi affirmé l'institut de sondage Ipsos. Si 37% des sondés étaient en faveur du "Nee", 33% pensaient voter "Ja", "Non" et "Oui" en Néerlandais. Le reste des sondés étaient indécis.

Le vote est suivi avec inquiétude en Ukraine, où le refus en 2013 de l'ancien président pro-russe Viktor Ianoukovitch de signer cet accord avait provoqué le soulèvement proeuropéen du Maïdan, et la chute de son gouvernement.

Pour Kiev, qui a envoyé des ministres mener campagne aux Pays-Bas, cet accord représente une "nouvelle ère" pour le pays, tandis que Moscou le considère comme un empiètement des Européens dans sa sphère d'influence.

Le président ukrainien Petro Poroshenko s'est dit confiant du choix des Néerlandais en faveur de l'accord mais a mis en garde contre la prise en otage de son pays "par une discussion interne aux Pays-Bas sur le futur de l'Union européenne".

- 'Dommage collatéral' -

"Pour nous, l'Ukraine ne fait aucune différence", avaient admis la semaine dernière les associations eurosceptiques qui ont récolté plus de 300.000 signatures pour appeler à l'organisation de ce vote, sur la base d'une nouvelle loi autorisant les Néerlandais à s'exprimer sur des décisions législatives.

"Un référendum sur une sortie de l'Europe n'est pas encore possible et c'est pourquoi nous saisissons toutes les opportunités pour placer la relation UE/Pays-Bas sous tension", avait ainsi déclaré le président du comité ayant récolté les signatures, Arjan van Dixhoorn, au quotidien NRC.Next.

Cet accord n'est qu'un exemple de plus, assure ce groupe, d'un Bruxelles bureaucratique et technocratique ayant perdu le contact avec ses citoyens.

Les Pays-Bas sont le dernier pays de l'UE à ne pas avoir ratifié l'accord, qui a cependant été approuvé par le parlement et le sénat.

Le vote, qui ne sera valide qu'avec une participation supérieure à 30%, n'est pas contraignant, et La Haye a répété en attendre les résultats avant de décider de la marche à suivre.

L'accord d'association était "le premier débat après l'adoption de la loi" sur le référendum, a affirmé à l'AFP Aaron Matta, chercheur à l'institut de La Haye sur la justice : c'est "un dommage collatéral" dans la bataille contre Bruxelles.

- 'Crise européenne' -

Si le vote est valide et que le "Non" l'emporte largement, le gouvernement sera mis dans l'embarras, affirment les analystes, alors que le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne jusque fin juin.

Et alors que les partis eurosceptiques sont en tête des sondages pour les élections législatives de 2017, l'accord devra de nouveau être soumis à l'approbation des deux chambres du parlement.

Un non "pourrait ouvrir la voie à une crise européenne", avait prévenu le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

"Les Pays-Bas devront peut-être trouver une manière de se désengager de l'accord", a ajouté M. Matta : "ils devront sauver la face".

Les Etats-Unis se sont aussi invités dans le débat, appelant les Néerlandais à soutenir l'Ukraine. "Nous pensons que l'accord d'association est dans l'intérêt de l'Ukraine, des Pays-Bas et de l'ensemble de l'Europe", a affirmé une porte-parole du département d'Etat, Elizabeth Trudeau.

Une victoire du "Non" pourrait également servir de baromètre pour les Britanniques, qui doivent voter en juin sur une éventuelle sortie de l'Union, surnommée "Brexit".

Nigel Farage, chef du mouvement pro-Brexit UKIP, s'est rendu à Amsterdam lundi : une victoire du "Non" enverra un "message fort à l'électorat britannique que nous ne sommes pas les seuls à penser que l'UE a pris une direction fondamentalement mauvaise".

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