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05/04/2016 08:41 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

La Cour pénale internationale ferme le dossier du vice-président kényan

LA HAYE, Pays-Bas — La Cour pénale internationale a fermé mardi le dossier du vice-président kényan William Ruto, en estimant que les preuves qui lui attribuent un rôle dans les violences meurtrières qui ont éclaté après l'élection présidentielle de 2007 sont insuffisantes.

Le juge qui présidait l'audience a toutefois prévenu que ce manque de preuves est possiblement attribuable à l'intimidation de témoins ou à une ingérence politique.

C'est la deuxième fois que la CPI échoue à traîner devant la justice ceux qui auraient orchestré la violence qui a fait plus de 1000 morts et chassé plus de 600 000 personnes de chez elles au Kenya.

M. Ruto et le journaliste Joshua Sang étaient accusés de meurtre, de déportation et de persécution pour leurs rôles présumés dans ces affrontements. La cause de M. Sang a elle aussi été fermée mardi.

La télévision kényane a montré les deux hommes saluant la foule en triomphe. Des centaines de personnes ont aussi célébré à Eldoret, la ville natale de M. Ruto.

Le dossier du président kényan Uhuru Kenyatta, qui était accusé de crimes similaires, s'était lui aussi effondré devant la CPI en 2014. Les procureurs avaient alors dénoncé l'intimidation des témoins et le manque de collaboration des autorités à Nairobi. La procureure Fatou Bensouda avait à ce moment accusé le Kenya d'avoir bloqué son enquête et déclaré qu'il s'agissait d'un «jour sombre pour la justice criminelle internationale».

M. Kenyatta a publié mardi un communiqué dans lequel il critique vertement la décision de la CPI de poursuivre M. Ruto.

Une représentante du groupe de défense des droits de la personne Human Rights Watch a déclaré que le refus du Kenya de poursuivre les auteurs de la violence «prive les victimes de la justice et de l'aide dont elles ont besoin». Elizabeth Evenson a ajouté qu'on se souviendra du procès de M. Ruto «pour l'intimidation présumée des témoins».

Lors de la décision annoncée mardi, deux membres du comité de trois juges ont ordonné l'abandon des accusations contre MM. Ruto et Sang, tout en prévenant qu'elles pourraient être réactivées si des preuves suffisantes font surface.

Selon un communiqué publié par le tribunal, le juge en chef Chile Eboe-Osuji a déclaré qu'on «ne peut écarter que la faiblesse de la cause (des procureurs) soit attribuable (...) à l'intimidation des témoins».

Un tribunal d'appel avait statué en février que les témoignages de cinq personnes qui avaient ensuite changé leur récit ou refusé de témoigner contre MM. Rufo et Sang ne pourraient faire partie de la preuve, ce qui a vraisemblablement accéléré l'effondrement du dossier.

Les accusations portées contre six Kényans en lien avec la violence électorale ont maintenant toutes été abandonnées.