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05/04/2016 03:19 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

France: les jeunes à nouveau dans la rue après des "nuits debout"

Lycéens et étudiants français, fers de lance d'un mouvement de contestation amorcé il y a plus d'un mois, redescendent mardi dans la rue contre un projet de réforme du droit du travail qui cristallise les mécontentements à l'encontre du président François Hollande.

Après de précédentes manifestations émaillées de violence, la vigilance était de mise dans toute la France. Les autorités ont ainsi interdit tout rassemblement dans le centre historique de Rennes (ouest), un des foyers de la contestation.

En fin de matinée, dans l'est de Paris, des policiers ont chargé une cinquantaine de jeunes cagoulés et armés de bâtons qui s'étaient glissés dans des groupes de manifestants, forçant les commerçants du voisinage à baisser leurs rideaux de fer.

"Police partout, justice nulle part" et "tout le monde déteste la police", criaient notamment des manifestants.

Dans une ambiance beaucoup plus pacifique, des centaines de personnes ont passé la nuit sur la Place de la République, au coeur de la capitale, pour dénoncer cette réforme du droit du travail, jugée trop favorable aux employeurs, mais aussi la politique sécuritaire du gouvernement socialiste, le mal-logement ou encore l'exil fiscal.

A quelques mètres du mémorial improvisé après les attentats de 2015 autour de la statue centrale, leur action a été baptisée "Nuit debout". Elle est née jeudi au soir des plus importantes manifestations depuis le début du mouvement, qui ont rassemblé 390.000 opposants à la loi Travail, selon les autorités et 1,2 million selon les syndicats.

Depuis, chaque nuit, des militants, ont campé sur la place, avant d'être délogés au petit matin par les forces de l'ordre. Il s'agit de "construire un mouvement social fort qui rassemble tous les précaires face à l'oligarchie", explique Camille, cadre du mouvement.

Les lycéens et étudiants mobilisés mardi ont apporté leur soutien à cette initiative. "Nuit debout, c'est ça qu'il nous faut continuer, faire un mouvement comme Podemos", le parti espagnol de gauche créé en 2014 qui fait jeu égal avec les partis traditionnels, souligne Juliette, 17 ans, devant un lycée bloqué du centre de Paris.

- 'Une majorité' -

Comparé aux précédentes actions, ces blocages restaient toutefois limités à l'approche des examens de fin d'année et parce qu'un tiers de la France est en période de vacances scolaires.

Malgré tout, le gouvernement surveille de près la mobilisation des jeunes, dont de précédentes actions, en 1994 et en 2006, ont fait échouer des tentatives de réformes du contrat de travail.

William Martinet, président du premier syndicat étudiant, l'Unef, en est bien conscient: c'est "surtout le nombre de jeunes qui seront dans la rue cette semaine qui fera bouger les lignes".

Mercredi son syndicat, et d'autres organisations de jeunesse, seront reçus par trois ministres (Education, Travail et Jeunesse) avant une nouvelle journée d'actions prévue samedi.

Parallèlement, le projet de loi entame son parcours au Parlement, avec le début de l'examen de 800 amendements en commission. Le débat devant l'ensemble des députés débutera le 3 mai.

La ministre du Travail Myriam El Khomri "pense avoir une majorité" pour faire adopter le texte avant l'été, malgré l'opposition initiale de nombreux députés de la majorité de gauche. "Nous allons continuer à convaincre, mais ce que je ressens, c'est qu'il y a de plus en plus de députés qui sont convaincus par ce texte", a-t-elle assuré sur la chaîne de télévision LCI.

Face à la fronde, l'exécutif a remanié son projet de réforme, qui affiche sa volonté de limiter les freins à l'embauche pour tenter de faire fléchir un chômage de masse (+10%) mais qui est perçu comme "trop libéral" par ses détracteurs. Le texte prévoit notamment de changer les critères qui permettent les licenciements économiques. Les jeunes craignent une précarité accrue.

A un an de la prochaine élection présidentielle, ce projet de loi est probablement la dernière grande réforme du quinquennat de François Hollande qui bat des records d'impopularité avec seulement 15% de Français qui le soutiennent, selon de récents sondages.

bur-chp/prh/ros