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05/04/2016 04:53 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

Evasion fiscale: la valse-hésitation de la communauté internationale

L'OCDE prévient que le Panama file un mauvais coton, quand le Gafi, institution de lutte contre le blanchiment, retire le pays d'Amérique latine de sa liste grise : la valse-hésitation de la communauté internationale témoigne des difficultés à organiser la lutte contre l'évasion fiscale.

Moins de deux mois avant les révélations des "Panama Papers", le ministre panaméen de l'Economie, Dulcidio de la Guardia, avait fêté comme "un triomphe" sa sortie de la liste grise du Groupe d'action financière sur le blanchiment des capitaux, basé à Paris.

Dans une vidéo mise en ligne de l'ambassade du Panama, le secrétaire exécutif du Gafilat, l'antenne latino-américaine de l'institution, l'Argentin Esteban Fullin, félicitait le Panama "pour tous les progrès accomplis".

Cette sortie de la liste du Gafi, créé en 1989 pour lutter contre le blanchiment d'argent et hébergé par l'OCDE, est "révélatrice de la faiblesse des critères pris en compte", a déploré Manon Aubry, porte-parole de l'Oxfam France sur les dossiers fiscaux.

Cette institution, à laquelle le G20 a confié en novembre dernier la lutte contre le financement du terrorisme, "donne des indications, mais pas une vision exhaustive", regrette-t-elle.

"Le gouvernement panaméen avait récemment pris des mesures pour faire face à ses déficiences dans la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme" a expliqué à l'AFP un responsable du Gafi, précisant que le Gafilat avait prévu une mission d'évaluation au Panama l'année prochaine.

A l'OCDE, certains responsables de cachaient pas leur agacement vis-à-vis du Panama. "Ce pays a une stratégie qui consiste à faire des petits progrès pour essayer d'arracher sa sortie des listes grises", a déclaré le directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE, Pascal Saint-Amans.

- "pied de nez"-

Le Panama s'était engagé avant le G20 d'Antalya en novembre à pratiquer l'échange automatique d'informations, l'une des conditions requises par l'OCDE pour qu'un pays ne soit pas considéré comme un paradis fiscal.

Mais les autorités panaméennes sont revenues sur leurs décisions après le sommet. "Elles nous ont dit que nous n'étions pas légitimes. En février, lors du G20 Finance de Shanghai, nous l'avons donc signalé", a expliqué M. Saint-Amans.

"Le Panama a fait un pied de nez à l'OCDE en lui disant +cause toujours tu m'intéresses+", a estimé Mme Aubry, qui dénonce le manque de moyens des institutions internationales pour contraindre les différents pays à respecter les règles.

"On a laissé le Panama prospérer tranquillement dans son coin. L'OCDE les a certes rappelés à l'ordre plusieurs fois, mais à partir du moment où il n'y a pas de sanction économique...", constate la porte-parole d'Oxfam, convaincue que le pays est passé entre les mailles du filet, car n'étant pas "l'acteur le plus important" dans l'évasion fiscale.

"Du coup, il ne méritait pas toute l'énergie" de la communauté internationale, explique-t-elle.

M. de Saint-Amans est au contraire convaincu que le Panama est "le dernier des Mohicans" en matière d'évasion fiscale. "Il s'agit de la seule place financière importante à avoir refusé de mettre en place des systèmes pour collecter les infos", souligne-t-il.

Un argument rejeté par Oxfam à la lumière des révélations des "Panama Papers". "La société panaméenne (de Mossack Fonseca) a créé des sociétés écran dans 21 paradis fiscaux, parmi lesquels on retrouve des acteurs importants comme Hong Kong, le Luxembourg ou les Iles vierges britanniques", relève Mme Aubry.

"L'OCDE ferme complètement les yeux sur cet aspect. Y compris parce qu'il s'agit de pays puissants, voire même des membres de l'OCDE", dénonce la porte-parole de l'ONG.

En Europe, le commissaire européen Pierre Moscovici a saisi l'occasion des révélations sur le Panama pour demander aux pays de l'UE de mettre les bouchées doubles dans la lutte contre l'évasion fiscale en approuvant les directives qu'il a présentées à fin janvier,

"Je souhaiterais un monde idéal dans lequel les règles de transparence en amont soient respectées et où les pratiques d'évasion fiscale, d'optimisation fiscale agressive, de fraude soient des pratiques prohibées et que la transparence soit la règle", a-t-il affirmé lors d'une rencontre avec des journalistes à Paris.

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