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05/04/2016 06:21 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

Drogues: un marché annuel de 24 milliards d'euros dans l'UE, des "recoupements" avec le terrorisme

Les marchés des drogues, pour lesquelles les citoyens de l'UE dépensent chaque année plus de 24 milliards d'euros, représentent "une des principales menaces" pour la sécurité de l'Europe, selon le rapport 2016 de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) et d'Europol présenté mardi à Bruxelles.

Lors d'une conférence de presse dans la capitale européenne, les directeurs de ces institutions, Alexis Goosdeel et Rob Wainwright, ont insisté sur la "diversification" du crime organisé, et mentionné les "recoupements" observés entre le commerce de la drogue, les activités terroristes et le trafic d'êtres humains.

Leur rapport, présenté en présence du commissaire européen chargé des Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, est une analyse stratégique destinée à faciliter l'élaboration des politiques des pays de l'UE.

Il donne pour la première fois une estimation de ce que représente le commerce illégal des drogues dans l'Union: "au moins 24 milliards d'euros". "En réalité on est plutôt dans le haut de la fourchette 21-31 milliards", a fait remarquer Alexis Goosdeel, y voyant un des marchés "les plus rentables pour les groupes criminels organisés". Dans un dossier cité en exemple par Europol, un investissement de 300.000 euros dans un trafic a permis de dégager 7 millions de bénéfices.

"Il ne fait aucun doute que les marchés des drogues illicites restent l'une des principales menaces pour la sécurité de l'Union européenne", estiment les auteurs du rapport.

Pour eux, "l'impact négatif des marchés des drogues sur la société va bien au-delà des seuls dommages causés par la consommation de drogue. Ainsi, les marchés des drogues s'articulent à d'autres formes de criminalité et au terrorisme".

Certains des auteurs des attentats de Paris et "sans doute de Bruxelles aussi" avaient un passé de "petits criminels" parfois actifs dans le trafic de drogue, a souligné M. Wainwright.

"Il n'y a pas de lien systématique entre terrorisme et trafic de drogue, il y a des recoupements mais pas plus que ça", a-t-il cependant nuancé.

Concernant le "business" des passeurs, particulièrement florissant avec la crise migratoire, le directeur d'Europol a estimé que "plus de 20%" d'entre eux étaient en même temps des trafiquants de drogues.

- Recrutement d'employés corrompus -

Ces "recoupements" doivent amener à davantage de coopération entre les différents services d'enquête car le "cloisonnement (...) peut parfois amener à négliger certaines pistes", avertit le rapport.

L'influence des marchés de la drogue s'exerce en outre sur l'économie (blanchiment), l'environnement (déchets de produits chimiques utilisés pour produire les drogues) et "sur les institutions gouvernementales, dont ils grèvent les budgets et exposent les fonctionnaires au risque de la corruption".

Les auteurs soulignent l'impact d'internet sur le trafic, ce mode de communication permettant notamment de "raccourcir les chaînes d'approvisionnement".

En 2013, le marché du cannabis représentait environ 38% du total des marchés des drogues, devant celui de l'héroïne (28%), de la cocaïne (24%), des amphétamines (8%) et de l'ecstasy (3%).

Le cannabis est de loin la drogue la plus consommée dans l'UE: "Il semble qu'environ 1% des adultes européens consomment du cannabis quotidiennement ou quasi-quotidiennement". Quelques 22 millions d'Européens en ont consommé au cours de l'année écoulée.

Si les prix ont peu évolué (de 7 à 12 euros par gramme, qu'il s'agisse d'herbe ou de résine), la teneur moyenne en tétrahydrocannabinol (THC) a presque doublé en dix ans - probablement en raison du développement de "techniques de production intensives et sophistiquées" en Europe même, imitée par les producteurs marocains.

Preuve que la production se développe au plus près des consommateurs, "des laboratoires de transformation de morphine en héroïne ont été découverts dans plusieurs Etat membres de l'UE, notamment en Espagne et en République tchèque", a souligné M. Wainwright.

Après plusieurs années de baisse des saisies du marché d'héroïne, dont les acteurs clés sont des groupes criminels turcs, albanophones et pakistanais, le rapport pointe depuis 2013 une "inquiétante poussée de l'offre", accompagnée d'une chute du prix au détail et d'une pureté accrue (1,3 million d'usagers estimés).

L'importation en Europe de cocaïne (3,6 millions d'usagers estimés) reste dominée par les groupes criminels colombiens et italiens, avec le développement des groupes nigérians et des Balkans. On assiste au "recrutement systématique de travailleurs corrompus dans les principaux ports et aéroports de l'UE et des pays de départ", selon les auteurs, qui voient dans l'augmentation de la contrebande de cocaïne dans les conteneurs maritimes une "menace majeure".

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