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05/04/2016 10:18 EDT | Actualisé 06/04/2017 01:12 EDT

Brésil: Rousseff monnaye ses soutiens au Parlement pour éviter la destitution

La présidente brésilienne Dilma Rousseff a exclu mardi tout remaniement ministériel avant le vote des députés sur sa destitution, afin de s'assurer que les partis prêts à la soutenir contre des postes au gouvernement tiendront bien parole à la mi-avril.

"La présidence n'a pas l'intention de faire de remaniement ministériel avant le vote à la Chambre des députés. Nous ne changerons rien maintenant", a déclaré à la presse la dirigeante de gauche, à l'issue d'une visite à la base aérienne de Brasilia.

Le camp présidentiel, lâché la semaine dernière par le pilier centriste de sa coalition, le PMDB du vice-président Michel Temer, exerce un lobbying forcené au Parlement pour convaincre les députés de partis de second rang de sa coalition de ne pas voter pour la destitution, en échange de ministères et de centaines de postes au sein de la machine gouvernementale.

Le chef de cabinet de la présidente de gauche Jaques Wagner avait indiqué la semaine dernière qu'un remaniement gouvernemental était imminent. Il avait évoqué la date du 1er avril. Depuis, aucune annonce.

- Assurance "trahison" -

Selon le quotidien O Globo, le camp présidentiel a changé de stratégie, redoutant "que des partis de la base alliée acceptent des places au gouvernement et qu'ensuite ils trahissent la présidente. L'idée est donc d'attendre le résultat du vote", avant de récompenser les vrais alliés.

Le vent politique souffle en défaveur de Dilma Rousseff, mais pas forcément l'arithmétique parlementaire.

Très impopulaire, Mme Rousseff est engluée dans une crise politique historique envenimée par le ravageur scandale de corruption Petrobras qui éclabousse son Parti des travailleurs (PT) et d'autres formations de sa coalition en lambeaux.

Mais l'opposition emmenée par la droite devra obtenir au moins deux tiers des votes des députés (342 sur 513) pour que la procédure de destitution se poursuive au Sénat qui aurait le dernier mot.

A l'inverse, un tiers des votes (171)suffiront à la présidente pour sauver son mandat, à défaut ensuite de pouvoir compter sur une majorité solide pour tenter de sortir son pays de la récession économique.

Le vote de l'Assemblée plénière des députés devrait intervenir le 18 avril, selon le rapporteur de la Commission spéciale parlementaire sur la destitution, Jovair Arantes.

Cette commission composée de 65 députés doit soumettre un rapport non-contraignant préconisant ou non la destitution de Mme Rousseff. "Mon intention est de présenter mon rapport mercredi à la Commission qui aura deux jours pour le réviser" avant un vote lundi, a déclaré son rapporteur à la radio Jovem Pan.

Le rapport serait ensuite soumis le 14 avril à l'Assemblée plénière dont le vote final interviendrait, sauf contre-temps, le 18 avril après d'intenses débats.

D'ici là, le gouvernement va intensifier ses marchandages dans les coulisses du Parlement, avec le soutien actif de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), mentor politique de Dilma Rousseff.

- Manoeuvres "scandaleuses" -

Le camp présidentiel drague en particulier les partis de second rang du "grand centre" mou de la coalition, alléchés par les postes laissés vacants par le PMDB.

L'un d'eux, le PP (51 députés) négocie au prix fort: des ministères "de prestige" et richement dotés, comme ceux la Santé ou l'Education.

"Nous souhaitons obtenir une reconnaissance de l'importance de notre parti dans ce processus", a reconnu sans détours le chef du groupe parlementaire de cette formation, Agnaldo Ribeiro.

L'opposition espérait que le départ du PMDB du gouvernement entraînerait celui des autres partis de centre-droit de la coalition dans un effet domino fatal pour la présidente.

Mais il n'en a rien été. Des fissures sont mêmes apparues au sein du PMDB du vice-président Temer qui succèderait à Mme Rousseff en cas de destitution.

Le suspense promet donc de durer jusqu'au bout. Et l'opposition dénonce des manoeuvres "scandaleuses".

"C'est une honte", s'est insurgé le chef du groupe parlementaire du Parti social-démocrate (PSDB, centre-droit), Antonio Imbassahy. "Lula téléphone, viens ici (au Parlement) et dis +Tu veux un ministère? Tu veux un poste? Tu as besoin de combien de millions?+ (de crédits fédéraux pour financer des projets locaux, NDLR)? C'est honteux".

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