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04/04/2016 09:48 EDT | Actualisé 05/04/2017 01:12 EDT

Une philosophie simple, un revirement historique

BILLET - Il y a quelques années, alors que Joël Bouchard participait à une conférence sur l'état du hockey québécois, quelqu'un dans l'assistance lui avait demandé quelle était la qualité première qu'il recherchait chez un hockeyeur.

Un texte de Martin Leclerc

Avec son style habituel, l'entraîneur de l'Armada de Blainville-Boisbriand avait tout de suite été à l'essentiel. « Quand je regarde un jeune joueur, je me pose toujours une question : est-ce qu'il veut vraiment jouer au hockey? Est-ce qu'il est prêt à tout faire, tant sur la patinoire qu'à l'extérieur de la glace, pour gagner des matchs? Tu peux avoir le meilleur coup de patin, un gros gabarit ou les plus belles habiletés au monde. Mais si tu n'es pas prêt à tout donner, tu ne réussiras pas dans ce milieu », avait-il expliqué.

Dimanche, j'avais l'impression de réentendre ces paroles en regardant l'Armada causer la plus grande surprise de l'histoire des séries éliminatoires de la LHJMQ. L'exploit n'est pas banal. On parle tout de même d'une ligue qui en est à sa 47e saison.

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Blainville-Boisbriand, une équipe de petite taille, mais rapide, et très moyenne en terme de talent, a éliminé les Foreurs de Val-d'Or en six matchs au premier tour éliminatoire. Dimanche, l'ultime duel s'est soldé par une victoire de 3 à 2 de l'Armada en troisième période de prolongation.

Pourtant, l'équipe de l'Abitibi avait amassé 40 points de classement de plus et marqué 122 buts de plus que l'Armada en saison régulière. Bâtis pour se rendre jusqu'à la Coupe Memorial, les Foreurs présentaient une formation format géant et expérimentée, en plus de miser sur l'une des plus dynamiques attaques au Canada.

Dans les jours précédant cette série, et même lorsque les deux formations se trouvaient à égalité 1-1 après deux matchs, je n'ai jamais pu trouver un recruteur ou un joueur de la LHJMQ qui croyait aux chances de l'Armada.

Que s'est-il passé?

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« Les joueurs de l'Armada ont travaillé avec acharnement du début à la fin. Leur gardien a été excellent - et le nôtre aussi - mais surtout, ils ont respecté leur plan de match à la lettre de la première à la dernière minute. Durant ces six matchs, ils ne nous ont presque pas accordé de surnombres », encense le recruteur en chef des Foreurs, Richard Liboiron.

Cette mégasurprise éliminatoire porte l'empreinte indélébile de Joël Bouchard et de son personnel d'entraîneurs.

D'un point de vue stratégique, chaque fois que l'Armada s'installait en zone offensive, son centre restait posté à la ligne bleue entre ses deux défenseurs. Pendant ce temps, les deux ailiers se livraient à un échec avant endiablé en fond de territoire.

Incapables de créer des surnombres et de déployer leur attaque, et surtout peu habitués à de telles batailles de tranchées, les Foreurs ont semblé pris de court.

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Il sera maintenant intéressant de voir comment Blainville-Boisbriand réagira au second tour des séries. Cette fois, la formation de Joël Bouchard croisera le fer avec les Huskies de Rouyn-Noranda, considérés comme la meilleure formation junior majeur au Canada. Un autre beau contrat!

Encore une fois, personne n'accorde une chance à l'Armada de survivre à cette série. Au premier tour, les Huskies ont évincé les Voltigeurs de Drummondville en quatre matchs. Leurs deux gardiens étant blessés, les Voltigeurs ont dû se défendre avec un portier rappelé des rangs midgets AAA. Au total, la série s'est soldée par un pointage de 33 à 4 en faveur des Huskies.

« Rouyn possède toute une machine de hockey. Ils sont en avance sur bien des équipes. Lorsqu'il est question de faire circuler la rondelle et lorsqu'on parle de tactique individuelle et collective en possession de rondelle, les Huskies sont impeccables. Si tu veux enseigner ces aspects du jeu de la bonne façon, tu regardes les Huskies et tu dis : "C'est comme ça qu'on joue au hockey avec une rondelle" », raconte l'entraîneur en chef des Voltigeurs, Jean-François Grégoire.

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Les séries éliminatoires de la LHJMQ sont particulièrement passionnantes cette année parce que plusieurs formations aspirent au titre. Mais aussi parce que toutes sortes de rumeurs - impliquant les entraîneurs les plus renommés de la ligue - circulent en coulisse.

Une rumeur particulièrement tenace (et étonnante) veut que Joël Bouchard cède sa place derrière le banc de l'Armada la saison prochaine. Pour aller où? Mystère et boule de gomme.

Pour lui succéder, Bouchard favoriserait son ami Dominique Ducharme, qui dirige les Mooseheads de Halifax avec brio depuis plusieurs années. Sous sa gouverne, les Mooseheads ont d'ailleurs remporté la Coupe Memorial en 2013.

Ducharme, qui est par ailleurs candidat au poste d'entraîneur en chef d'Équipe Canada Junior, songe fortement à se rapprocher de ses enfants, qui vivent à Joliette.

Enfin, il semble de plus en plus certain que Benoît Groulx, l'entraîneur le plus titré de l'histoire de la LHJMQ, ne soit pas de retour à Gatineau la saison prochaine.

Certains observateurs le voient aboutir à Halifax, où il pourrait diriger son fils Benoît-Olivier. Le jeune Groulx sera le premier ou le deuxième joueur sélectionné au prochain repêchage de la LHJMQ. D'autres écartent ce scénario et prédisent que Benoît Groulx graduera tout simplement dans les rangs professionnels, chose qui aurait dû être faite depuis longtemps.