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04/04/2016 01:08 EDT | Actualisé 04/04/2016 01:10 EDT

«Panama Papers»: le premier ministre islandais refuse de démissionner

La publication d'une vaste quantité de documents concernant les transactions réalisées par des gens riches et célèbres dans des paradis fiscaux soulève des questions concernant le recours à de tels stratagèmes pour éviter l'impôt et se soustraire à la supervision des autorités fiscales.

Le Consortium international pour le journalisme d'investigation (CIJI), un organisme sans but lucratif établi à Washington, a indiqué que les 11,5 millions documents décrivaient en détail les avoirs détenus dans des paradis fiscaux par des dizaines de dirigeants politiques, de gens d'affaires, de criminels, de célébrités et de vedettes du sport.

Ces documents éclaboussent notamment des dirigeants actuels ou passés de l'Islande, de l'Ukraine, du Pakistan, de l'Arabie saoudite, de la Russie et de l'Argentine.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dimitri Peskov, a déclaré que le président russe est la "cible principale" de cette enquête, qui est selon lui le fruit de la "poutinophobie" et vise à salir le pays en cette année d'élections parlementaires. Le CIJI entretient aussi des liens avec les États-Unis, selon M. Peskov.

"Je ne crois pas qu'il soit possible d'entrer dans les détails" des allégations selon lesquelles des amis de M. Poutine seraient responsables d'un stratagème à l'étranger, a déclaré M. Peskov aux journalistes, "surtout parce qu'il n'y a rien de concret ou de neuf au sujet de Poutine, et surtout on manque de détails".

Les détails de l'enquête ont été dévoilés en Russie par le quotidien indépendant Novaya Gazeta, mais les autres médias n'en ont pratiquement fait aucune mention.

Le premier ministre islandais a répété, lundi, qu'il ne démissionnera pas dans la foulée de la publication de cette enquête, qui le lie à une entreprise extraterritoriale qui le placerait en sérieux conflit d'intérêt.

Plusieurs médias ont révélé que le premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson et sa femme avaient créé une entreprise aux îles Vierges britanniques avec l'aide d'un cabinet d'avocats panaméen au centre d'un scandale sur les paradis fiscaux, Mossack Fonseca.

Les allégations concernant le premier ministre Gunnlaugsson ont amené l'opposition à réclamer la tenue d'un vote de non-confiance au Parlement.

À la télévision islandaise lundi après-midi, M. Gunnlaugsson a assuré qu'il ne quitterait pas son poste, ajoutant qu'il n'y avait rien de nouveau avec les informations dévoilées dans les documents, surnommés les "Panama Papers".

Les révélations concernent l'entreprise Wintris, que M. Gunnlaugsson aurait fondée en 2007 avec sa partenaire Anna Sigurlaug Palsdottir, qui est maintenant son épouse. Il aurait ensuite vendu la moitié de l'entreprise à Mme Palsdottir pour 1 $ US le 31 décembre 2009 _ le jour avant l'entrée en vigueur d'une loi qui l'aurait forcé à déclarer qu'il était propriétaire de Wintris.

Les autorités fiscales australiennes ont annoncé qu'elles enquêtent sur plus de 800 gens bien nantis soupçonnés d'évasion fiscale en raison de leurs liens avec Mossack Fonseca. En Nouvelle-Zélande, le premier ministre John Key a réfuté de son pays soit un paradis fiscal, comme le prétend le CIJI.

Un des cofondateurs de Mossack Fonseca, Ramon Fonseca, a confirmé

à la télévision panaméenne qu'il s'agit de documents authentiques qui ont été dérobés par des pirates informatiques. Il a toutefois précisé que la majorité des gens nommés ne sont pas des clients directs de sa firme, mais plutôt des comptes créés par des intermédiaires. Il a nié que sa firme ait quoi que ce soit à se reprocher.

Selon CIJI, les dossiers internes du cabinet contiennent des renseignements sur 214 488 comptes et 14 153 clients de Mossack Fonseca. L'organisme a annoncé qu'il publierait la liste complète des entreprises et particuliers visés au début du mois prochain.

Le quotidien allemand "Sueddeutsche Zeitung" a reçu 2,6 teraoctets de données, soit l'équivalent de 600 DVD, sur une période de plusieurs mois. Ces données comprennent des courriels, des documents financiers, des passeports et des fichiers corporatifs qui illustrent comment les plus puissants du monde utilisent des banques, des cabinets d'avocats et des sociétés fictives étrangères pour cacher leurs avoirs. Les données vont de 1977 jusqu'à la fin de 2015.

La publication et ses partenaires ont vérifié l'authenticité de l'information en la comparant aux registres publics, aux récits de témoins et aux décisions judiciaires, a raconté le journaliste Bastian Obermayer à l'Associated Press. Il a ajouté que d'autres documents de Mossack Fonseca obtenus par les autorités allemandes avaient aussi été utilisés pour confirmer l'origine du nouveau matériel.

M. Obermayer a révélé que sa publication a reçu les documents chiffrés d'une source anonyme qui a demandé certaines mesures de sécurité, mais aucune compensation financière.

"Cela nous fournit un aperçu sans précédent des comptes à l'étranger _ ce qui nous donne une vue au jour le jour, décennie par décennie, de la circulation de l'argent noir dans le système financier mondial, alimentant le crime et dépouillant les trésors nationaux de leurs revenus fiscaux", dit le CIJI.

Le CIJI affirme sur son site internet que des banques comme UBS, HSBC, Crédit Suisses et Deutsche Bank ont collaboré avec Mossack Fonseca pour créer de telles sociétés fictives à l'étranger.

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