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04/04/2016 07:52 EDT | Actualisé 05/04/2017 01:12 EDT

Les combats continuent et font six morts entre Arméniens et Azerbaïdjanais au Nagorny-Karabakh

Les combats entre les forces arméniennes et les troupes azerbaïdjanaises ont fait au moins six morts lundi dans la région contestée du Nagorny-Karabakh, au troisième jour d'affrontements qui se poursuivent malgré des appels au calme de la communauté internationale.

Au moins 33 militaires des deux camps et six civils ont été tués depuis la reprise vendredi soir des hostilités, les plus meurtrières depuis le cessez-le-feu instauré entre Erevan et Bakou en 1994. Plus de 200 militaires et civils ont été blessés.

Ce conflit, dont les sources remontent à plusieurs siècles mais qui s'est cristallisé à l'époque soviétique lorsque Moscou a attribué ce territoire majoritairement arménien à la république socialiste soviétique d'Azerbaïdjan, intervient dans une région du Caucase stratégique pour le transport des hydrocarbures, près de l'Iran, de la Turquie et aux portes du Proche-Orient.

L'escalade militaire se déroule par ailleurs au moment où la Russie, qui entretient de bonnes relations avec l'Arménie, et la Turquie, alliée traditionnel de l'Azerbaïdjan, traversent une grave crise diplomatique sur fond de guerre en Syrie. Au risque d'ajouter aux tensions, le président turc Recep Tayyip Erdogan a estimé lundi que "le Karabakh retournera un jour, sans aucun doute, à son propriétaire originel", l'Azerbaïdjan.

Sur le terrain, trois soldats azerbaïdjanais ont été tués par des "tirs de mortier et de lance-grenades depuis les tranchées" des forces arméniennes le long de la ligne de front, a annoncé le porte-parole du ministère, Vagif Dargahly, menaçant d'une "opération d'ampleur tout le long de la ligne de front" en cas de poursuite des "provocations arméniennes".

Un porte-parole des autorités de la région séparatiste soutenue par Erevan, Artak Beglarian, a pour sa part déclaré à l'AFP que les combats avaient fait trois morts de plus parmi les civils, "dont une femme de 92 ans, brutalement tués par les troupes azerbaïdjanaises" dans le village de Talich.

Dans un hôpital de Stepanakert, la "capitale" du Karabakh, deux enfants blessés samedi étaient toujours soignés, ont pu constater des journalistes de l'AFP.

Les troupes de Bakou ont "intensifié" leurs bombardements utilisant "mortiers de 152 mm, lance-roquettes et chars", ont affirmé les autorités du Nagorny-Karabakh.

Les forces arméniennes "ont largement avancé dans certaines zones du front et ont pris de nouvelles positions", a de son côté assuré le porte-parole du ministère arménien de la Défense, Artsrun Hovhannisyan.

L'Azerbaïdjan a dénoncé comme "fausses" ces affirmations, assurant contrôler depuis samedi plusieurs hauteurs stratégiques au Karabakh.

- 'Motif politique' -

Les autorités du Nagorny-Karabakh ont déclaré être "prêtes à discuter d'une proposition de trêve" à condition de récupérer les positions et territoires perdus dans la région, reconnue comme appartenant à l'Azerbaïdjan par la communauté internationale.

Le président arménien, Serge Sarkissian, a lui estimé qu'un cessez-le-feu ne serait possible que "si les militaires des deux camps retournent aux positions", qu'ils occupaient avant la reprise des hostilités.

"Les importantes violations du cessez-le-feu au Nagorny-Karabakh ont tendance à ne pas être accidentelles mais à avoir un motif politique", souligne l'analyste de la fondation Carnegie Thomas de Waal, estimant à plus de 20.000 le nombre de soldats de chaque côté de la ligne de front.

La Russie tente de maintenir un équilibre dans ses relations avec les deux ex-républiques soviétiques, auxquelles elle vend des armes, mais reste l'alliée historique de l'Arménie où elle possède deux bases militaires.

La Turquie, engagée dans un bras de fer avec Moscou depuis la destruction d'un bombardier russe en novembre, a pour sa part annoncé qu'elle soutiendrait l'Azerbaïdjan "jusqu'au bout" et "priait pour que (ses) frères Azerbaïdjanais triomphent".

"Le Karabakh retournera un jour, sans aucun doute, à son propriétaire originel", a lancé lundi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Après une guerre ayant fait 30.000 morts et des centaines de milliers de réfugiés, principalement azerbaïdjanais, le Nagorny-Karabakh est passé sous le contrôle de forces séparatistes proches d'Erevan. La région est désormais peuplée majoritairement d'Arméniens.

Aucun traité de paix n'a été signé et après une période de calme relatif, la région a connu ces derniers mois une nette escalade des tensions, Erevan estimant fin décembre qu'on était revenu à la "guerre".

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