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04/04/2016 00:45 EDT | Actualisé 04/04/2017 01:12 EDT

Espagne: l'Espanyol Barcelone, tête de pont chinoise en Europe

A l'ombre du grand Barça, l'Espanyol Barcelone rêve à son tour d'établir un empire sportif: l'autre club de la capitale catalane, racheté en janvier par un groupe venu de Chine, est devenu l'une des têtes de pont de l'offensive chinoise dans l'Europe du football.

Alors qu'il croulait sous 190 millions d'euros de dettes, le RCD Espanyol est passé en début d'année sous le contrôle de Rastar Group, une société spécialisée dans les jouets, les jeux vidéos et les modèles réduits. Rastar a acquitté 60 millions d'euros pour contrôler 54% du capital.

C'est un tournant dans les 116 années d'histoire du club catalan, jadis grand rival du FC Barcelone avant de sombrer sportivement.

De fait, l'afflux dans le football européen de capitaux asiatiques, et en particulier chinois, semble une manne inespérée pour l'Espanyol, mais aussi pour le Championnat d'Espagne, menacé de perdre en compétitivité face à la Premier League anglaise et ses droits télévisés astronomiques.

"L'arrivée de beaucoup d'investisseurs asiatiques est pour nous une excellente nouvelle pour la Liga", a déclaré dans une interview à l'AFP le directeur général de l'Espanyol, Ramon Robert.

"La Chine a plus d'habitants que l'Europe. Cela représente beaucoup de supporteurs, de consommateurs et si des investisseurs chinois viennent ici, cela veut dire que beaucoup de gens vont se mettre à suivre le Championnat espagnol."

Rastar est loin d'être un cas isolé. Son arrivée fait suite à celle du magnat singapourien Peter Lim, devenu propriétaire de Valence en 2014 pour un investissement estimé à 500 M EUR, ou du groupe chinois Wanda, qui a pris 20% du capital de l'Atletico Madrid en 2015. Le mois dernier, ce conglomérat détenu par le milliardaire Wang Jianlin a aussi signé un accord de sponsoring de premier plan avec la Fifa.

- 'Une question d'influence' -

Dans le même temps, le championnat chinois a marqué les esprits en attirant à prix d'or des stars évoluant en Europe, comme Alex Teixeira, Ramires ou Jackson Martinez.

Il faut dire que le football chinois a vu l'arrivée de nombreux investisseurs locaux depuis que le président Xi Jinping, amateur de ballon rond, avait déclaré en 2011 souhaiter que la Chine se qualifie, accueille, puis gagne une Coupe du monde.

"Quand on investit dans le football, ce n'est pas pour obtenir un retour sur investissement. C'est plutôt une question de puissance au niveau mondial, d'influence et de respectabilité", analyse Simon Chadwick, professeur en économie du sport à l'Université de Salford (Royaume-Uni).

"Dans leurs affaires, (ces entrepreneurs) sont susceptibles d'être vu de manière plus favorable que ceux qui ne participent pas à la révolution du football", ajoute-t-il.

Et pour l'Espagne, dont de nombreux clubs ont connu pendant la crise de grosses difficultés financières, ces investisseurs sont les bienvenus.

- Atteindre la C1 d'ici trois ans -

"Ce n'est pas une bulle", a assuré le mois dernier Javier Tebas, président de la Ligue espagnole de football (LaLiga). "Ils ont entrepris un travail pour se développer et ils vont aller crescendo."

A Barcelone, le nouveau président de l'Espanyol Chen Yansheng a fixé un objectif ambitieux pour ce club habitué au milieu de tableau: se qualifier pour la Ligue des champions d'ici trois ans.

"Il est confiant dans le fait d'y arriver, nous aussi, mais seulement si nous bâtissons le projet étape par étape, de manière sérieuse", souligne Ramon Robert.

"L'Espanyol a 116 ans d'histoire et c'est l'un des clubs fondateur de la Liga", rappelle-t-il. "Ces dernières années l'objectif était de terminer à une place honorable, pas trop près de la zone de relégation. Il faut oublier ça."

Malgré tout, contrairement à d'autres exemples de clubs irrigués par une manne étrangère, comme Manchester City ou le Paris SG, Ramon Robert exclut un investissement massif et immédiat sur le marché des transferts.

"Nous ne pouvons pas nous dire que nous allons bouleverser toute l'équipe, nous devons la rebâtir en suivant notre projet financier", prévient-il. "Si nous faisons cela, nous atteindrons les places européennes d'ici trois ans", promet-il, prophétisant l'émergence d'un deuxième empire barcelonais.

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