NOUVELLES
03/04/2016 20:15 EDT | Actualisé 04/04/2017 01:12 EDT

En Nouvelle-Calédonie, les mines de nickel sont une terre fertile pour la chimie verte

Habituellement synonymes de pollution, les mines de nickel de l'archipel français de Nouvelle-Calédonie, dans l'océan Pacifique, pourraient bien permettre le développement d'une filière de chimie verte, grâce à des plantes capables d'extraire et de stocker les métaux dans leurs feuilles.

Sur les flancs du gigantesque gisement de nickel du Koniambo, au nord de la Nouvelle-Calédonie, une parcelle enclose abrite les plantations du laboratoire de Chimie bio-inspirée et innovations écologiques (ChimEco) - dépendant de l'organisme français de recherche CNRS - que dirige Claude Grison.

Cette chimiste internationalement reconnue, professeur à l'Université de Montpellier (sud de la France), est venue surveiller la croissance de ces plantes endémiques aux propriétés extraordinaires, dont elle a mis en évidence le potentiel pour la chimie durable.

"Ces plantes se sont adaptées à leur milieu. Elles sont hyper accumulatrices de métaux, qu'elles récupèrent dans le sol avant de les stocker dans leurs parties aériennes (feuilles). Elles font de la phytoextraction", explique Mme Grison.

Lauréate en 2014 de la médaille de l'innovation du CNRS pour ses travaux, cette scientifique enthousiaste a développé avec son équipe un procédé permettant d'utiliser les vieilles feuilles (litière) de ces plantes pour les transformer en éco-catalyseurs de chimie.

Accélérateurs de réaction, les catalyseurs sont très utilisés dans les industries cosmétique, agro-alimentaire, pharmaceutique et chimique.

Or chaque année, le règlement européen REACH qui sécurise la fabrication et l'utilisation de substances chimiques dans l'industrie allonge la liste des métaux interdits, présents dans les catalyseurs traditionnels.

- Revégétalisation-

"Cela explique le fort intérêt que suscitent nos travaux auprès des industriels à la recherche d'alternatives. D'autant que ces catalyseurs +biosourcés+ se révèlent plus efficaces que les catalyseurs classiques", indique Claude Grison.

Elle a démarré ses recherches en 2004, en travaillant avec des plantes accumulatrices de zinc dans le Gard (sud-est de la France), qui ont permis le dépôt d'un brevet cinq ans plus tard par le CNRS.

A l'occasion d'un atelier scientifique, la chimiste a mis le cap sur la Nouvelle-Calédonie, qui s'est avéré un terrain particulièrement propice en termes de potentiel géologique et en ligne avec la volonté de réhabiliter les sites miniers.

Sur la parcelle expérimentale de Koniambo, le choix s'est porté sur un arbuste, appelé "Grevillea exul exul", très utilisé pour la revégétalisation des sols miniers et accumulateur de manganèse.

La Nouvelle-Calédonie est la 2e réserve mondiale de nickel après l'Australie,devant le Brésil et la Russie. La découverte du nickel remonte à 1864 sur cet archipel, où la première usine de traitement a démarré son activité en 1879, à Nouméa.

Aujourd'hui, alors que des milliers d'hectares sont dévastés par l'extraction minière, l'objectif du programme que supervise le CNRS est de coupler revégétalisation et valorisation des plantes pour la chimie verte.

L'ingénieur de recherche Cyril Poullain assure ainsi, avec l'appui de l'Institut Agronomique Calédonien, le suivi des plantations dont trois se situent sur des mines de la filiale SLN du groupe français Eramet, premier employeur privé de Nouvelle-Calédonie.

"Je mesure le diamètre, la hauteur et l'envergure des plantes et surveille leur mortalité. L'objectif est de déterminer les meilleurs amendements pour la croissance et la teneur en métaux", explique le chimiste basé à Nouméa.

Partenaires, les industriels, SLN et Koniambo Nickel - détenu à 49% par le Suisse Glencore et à 51% par les indépendantistes kanak de la province Nord de Nouvelle-Calédonie - mettent à disposition des terrains, fournissent les plants et contribuent à l'entretien des parcelles.

cw/caz/hba/ak