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04/04/2016 08:33 EDT | Actualisé 05/04/2017 01:12 EDT

Echec des conservateurs sur le découpage électoral des Etats-Unis

La Cour suprême à Washington a infligé lundi un lourd revers aux conservateurs qui souhaitaient bouleverser les règles de découpage électoral aux Etats-Unis pour limiter l'influence des Hispaniques et favoriser la population majoritairement blanche.

Les huit juges du temple du droit américain ont maintenu à l'unanimité que la règle "une personne = une voix" ne contrevenait pas à l'établissement des circonscriptions électorales en fonction de leur population totale, et non en fonction du nombre d'habitants ayant le droit de voter.

Derrière ce débat pointu se cachaient des enjeux énormes, et notamment la représentativité de la population d'origine hispanique, qui a un poids démographique croissant dans la société américaine.

L'arrêt rendu lundi par la haute cour représente donc une victoire pour les militants des droits civiques et les associations de défense des minorités, qui s'étaient largement mobilisés pour défendre le statu quo. Et il s'agit aussi d'un échec des républicains face aux démocrates.

"Bonne nouvelle à la Cour suprême", a immédiatement réagi la puissante Association américaine de défense des droits civiques (ACLU).

Concrètement, la prestigieuse institution judiciaire était appelée à trancher la question suivante: dans le principe fondamental "une personne = une voix", que recouvre exactement le terme "une personne" ?

En effet, aux Etats-Unis, des dizaines de millions d'enfants, d'immigrés, de prisonniers, d'anciens condamnés ou de handicapés mentaux sont interdits de voter. Ils ne sont pas moins recensés et sont comptabilisés pour dessiner la carte des circonscriptions électorales.

L'offensive conservatrice contre cette règle avait pris la forme d'une plainte de deux citoyens d'un district du Texas comptant une forte densité d'électeurs.

Sue Evenwel et Edward Pfenninger affirmaient que leur voix en conséquence était "diluée", contrairement à des circonscriptions comptant de nombreux non-votants, dans lesquelles un nombre réduit de citoyens peuvent être amenés à élire un sénateur.

Ils estimaient, chiffres à l'appui, que le principe "une personne = une voix", réaffirmé avec vigueur depuis un demi-siècle, était violé.

- Arrière-pensées -

La loi fédérale stipule que les districts électoraux aient à peu près le même nombre d'habitants, avec un écart maximum de 10%. Mais les plaignants dénonçaient "un écart de près de 50%" dans certains Etats, en se référant au nombre d'électeurs.

Derrière leur action en justice, présentée au nom de la pure équité, se cachaient en fait des stratégies politiques et des questions raciales.

En effet, si la Cour suprême avait donné raison à Sue Evenwel et Edward Pfenninger, les circonscriptions urbaines métissées, comptant de nombreux non-votants parmi lesquels une forte proportion d'Hispaniques, auraient été élargies et moins nombreuses.

A l'opposé, les circonscriptions rurales et de banlieue, à la population majoritairement blanche, auraient vu leur taille réduite et auraient été plus nombreuses.

Au final, le camp démocrate, traditionnellement soutenu par les immigrants, y aurait perdu par rapport au camp républicain.

Lors de l'audience en décembre, plusieurs des juges avaient accueilli avec réserve l'idée d'un découpage électoral prenant seulement en compte les électeurs potentiels. Un tel système aurait porté un coup à la représentation de tous ceux qui ne votent pas, dont les mineurs.

"Nous souhaitons une démocratie dans laquelle les habitants, qu'ils votent ou pas, soient proportionnellement représentés à leur Congrès", avait déclaré le magistrat progressiste Stephen Breyer.

Une modification de la règle aurait imposé de refaire les cartes électorales de diverses villes et régions, dont New York, la Californie, Chicago ou Miami.

Pour Nina Perales, une responsable de l'organisation Maldef qui soutient les migrants mexicains, la réforme aurait désavantagé les familles nombreuses, fréquentes chez les Hispaniques.

"Nos élus représentent la population", avait-elle martelé. "Ils ne représentent pas une terre, ils ne représentent pas une surface, ils ne représentent pas un comté".

seb/are