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01/04/2016 20:45 EDT | Actualisé 02/04/2017 01:12 EDT

Pérou : à une semaine du vote, grand flou sur la liste des candidats

A une semaine de la présidentielle au Pérou, rien n'est encore sûr: la moitié des candidats ont renoncé ou ont été écartés par une nouvelle loi électorale, valable jusqu'au jour même du vote et qui pourrait disqualifier un des favoris, plongeant le pays dans l'incertitude.

Adoptée en janvier, cette nouvelle législation interdit, sous peine d'exclusion, la distribution d'argent ou de cadeaux durant la campagne. Pour ouvrir une enquête, une simple plainte suffit.

Des 19 candidats inscrits au départ, neuf ont déjà été mis hors-jeu ou ont renoncé.

Parmi les dix restants en course, la participation de Pedro Pablo Kuczynski, le numéro deux des sondages, est encore en suspens. Et jusqu'à vendredi soir, celle de Keiko Fujimori, qui caracole en tête des sondages avec le parti Fuerza Popular, l'était aussi.

Visée par une enquête pour avoir remis un prix de 300 sols (moins de 80 euros) au gagnant d'un concours de danse, la fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), avait été blanchie en première instance. Mais ses adversaires avaient fait appel et ont été à nouveau déboutés par le Tribunal national électoral (JNE).

De son côté, Pedro Pablo Kuczynski, dont la plainte est examinée en première instance, sera, lui, fixé sur son sort d'ici le milieu de la semaine prochaine.

Cette nouvelle loi, conçue pour combattre la corruption et l'achat de voix, est contestée par certains juristes et spécialistes électoraux car elle laisse la possibilité d'éliminer des candidats jusqu'au jour même du vote, le dimanche 10 avril, faisant régner l'incertitude.

Signe de cette confusion, les quelque 20 millions de bulletins de vote comportent encore les photos et les noms de 14 candidats, quatre d'entre eux s'étant retirés après l'impression, mi-mars.

- 'Impasse' -

"La loi promulguée récemment permet l'exclusion de candidats dans une phase très avancée du processus électoral (ce qui) est problématique (car) cela affecte les candidats et les citoyens", juge Renate Weber, la responsable de la mission d'observation de l'Union européenne.

Les modifications introduites par le Congrès, en particulier l'exclusion des candidats, va à l'encontre de l'objectif de la loi : renforcer les partis et la démocratie et en finir avec le clientélisme politique, dit en substance à l'AFP le spécialiste électoral Fernando Tuesta, pour qui le Pérou est actuellement "dans une impasse".

En février et mars, deux autres têtes d'affiche de cette élection, le milliardaire César Acuña, quatrième des intentions de vote à ce moment-là, puis l'économiste Julio Guzman, alors deuxième des sondages, avaient été évincés, soulevant une vague de protestations.

En face, Francisco Tavara, le président du Tribunal électoral, défend l'impartialité de son institution qui ne fait, assure-t-il, qu'appliquer la loi.

La fille de l'ancien président Fujimori, qui purge une peine de 25 ans de prison pour corruption et crime contre l'humanité, est la grande favorite avec 36,1% des intentions de vote, selon le dernier sondage.

L'économiste de droite Pedro Pablo Kuczynski, surnommé PPK (également les initiales de son parti Peruanos por el Kambio), est second avec 16%, suivi de près par la jeune parlementaire de gauche du Frente Amplio, Veronika Mendoza (14,8%).

En quatrième position se trouve le centriste d'Accion Popular Alfredo Barnechea (9,3%), tandis que l'ancien président Alan Garcia (1985-1990 et 2006-2011) arrive en queue de peloton avec 3,4%.

Si aucun des candidats n'obtient plus de 50% des voix, un second tour est prévu le 5 juin.

Selon les spécialistes, il s'agit des élections les plus mouvementées depuis la fin de l'an 2000, lorsque l'ex-homme fort du Pérou Alberto Fujimori fut accusé de manipuler la loi pour pouvoir candidater à un troisième mandat.

"Nous sommes le seul pays de la région avec une loi qui permet d'exclure les candidats d'une élection. Cela n'était pas arrivé au Pérou depuis 1950" et la dictature militaire du général Manuel Odria, juge Fernando Tuesta.

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