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31/03/2016 02:22 EDT | Actualisé 01/04/2016 08:08 EDT

«Les Québécois sont gouvernés par des psychopathes» - Robert Morin (VIDÉOS/PHOTOS)

Derrière la figure repentante d’un fonctionnaire du ministère du Revenu, Robert Morin règle ses comptes avec le capitalisme sauvage. Évasion fiscale et égoïsme des puissants composent le vaudevillesque Un paradis pour tous, le seizième film du réalisateur québécois connu pour son franc-parler. Rencontre.

Dans Un paradis pour tous, Robert Morin est allé chercher tous les clichés à sa disposition: homos, juifs, Arabes, bandits, détraqués sexuels, magouilleurs en col blanc et vilains patrons, un univers bigarré sur lequel trône en bonne place le mauvais goût représenté par un maître de l’entourloupe financière prénommé Pierre-Karl Desmarais.

«J’y suis allé à fond dans la laideur et le monstrueux pour remettre en cause la rectitude politique, explique le réalisateur en riant. Je suis passé par le racisme et le sexisme afin d’arriver à la conclusion que le pire des mauvais goûts, au fond, c’est l’évasion fiscale.»

Le film, en salles vendredi, met en vedette Stéphane Crête qui interprète un enquêteur désillusionné. Après avoir démissionné de son poste au ministère du Revenu, l’homme décide de se venger en tournant une vidéo dévoilant les astuces pour éviter le fisc. Au cours de ses pérégrinations à Genève ou aux Bermudes, l’homme en cravate rencontre une multitude de personnages burlesques, tous et toutes interprétés par l’acteur québécois.

«Il me fallait un comédien qui aime se déguiser, précise le réalisateur. J’ai vu Stéphane Crête dans son spectacle Esteban où il n’arrêtait pas de changer de costumes. J’ai alors su que c’était lui qu’il me fallait. Et puis, on a tellement ri durant le tournage. Il est parfait dans tous ces rôles.»

Le titre du film est trompeur, puisque le paradis que nous propose Robert Morin est évidemment loin d’être pour tout le monde. En fait, il est seulement destiné aux plus fortunés d’entre nous. «En effet, l’évasion fiscale n’est pas pour monsieur et madame tout le monde, dit-il. Tous les mécanismes qui existent font que les riches sont plus riches et les pauvres encore plus pauvres.

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Inspiré de faits réels

Pour le cinéaste, une chose demeure certaine, l’évasion fiscale représente le summum de l’hypocrisie humaine. «Il n’y a pas plus égoïste que de détourner des millions à ta société, lance-t-il. Imaginez que vous êtes déjà multimillionnaire et que pour sauver quelques milliers de dollars vous n’hésitez pas à flouer le pays dans lequel vous êtes nés et où vous avez grandi.»

Ainsi au total, 30 000 milliards de dollars d’impôts impayés chaque année manqueraient dans les caisses des États de la planète. «Ce sont des chiffres conservateurs, ajoute Morin. Probablement que les sommes sont encore plus importantes.»

Les responsables? Les milieux de la finance, mais aussi les gouvernements qui n’hésitent pas à fermer les yeux sur ce «vol légal». Robert Morin raconte que l’idée même de faire le long métrage vient de l’actuel premier ministre Philippe Couillard qui avait placé dans les années 1990 ses avoirs dans une banque de l’île de Jersey lorsqu’il travaillait en Arabie saoudite.

«Quand j’ai appris cette histoire, cela m’a poussé à réaliser le film. J’ai écrit le scénario en quatre ou cinq jours. Ceux qui pratiquent l’évasion fiscale sont des psychopathes. Ils n’ont aucune compassion pour les autres. Les malades ne sont pas dans leur maison à attendre avec un couteau à la main, ils sont à Wall Street, mais aussi dans les arcanes du pouvoir. Alors oui, les Québécois sont gouvernés par des psychopathes.»

Morin va plus loin en affirmant que le système actuel est fait pour mettre les autres à terre. Les inégalités dans le monde découleraient de ce manque de compassion qu’il dénonçait déjà dans son long métrage grinçant Papa à la chasse aux lagopèdes.

«À la fin du film, le personnage principal est sauvé par l’amour, un autre beau cliché! Malgré son allure fantastique, l’œuvre est une sorte de tragédie grecque. Et puis, je veux faire réagir le monde. J’ai toujours aimé ça la chicane. Ma job n’est pas de conforter, mais de déranger. On peut bien m’accuser de tous les maux, je veux faire des étincelles et je veux que mon film révèle les fausses apparences de nos sociétés guindées.»

Un paradis pour tous – Coop Vidéo – Comédie satirique – 76 minutes – Sortie en salles le 1er avril 2016 – Canada, Québec.