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Quelle « conviction responsable » face à l’Arabie saoudite?

La conviction responsable. C'est le nouveau terme utilisé par le ministre des Affaires étrangères pour décrire la philosophie qui animera son action et ses choix sur la scène internationale au cours des prochaines années.

Un texte d'Emmanuelle Latraverse

Stéphane Dion évoque la conviction de défendre et promouvoir les valeurs fondamentales canadiennes de concert avec la responsabilité de tenir compte des conséquences à moyen et long termes des prises de position sur la scène internationale.

Un contraste avec les conservateurs

Le ministre ne s'en cache pas, la nouvelle formule vise à dresser un contraste avec la philosophie plus manichéenne des conservateurs de Stephen Harper au fil de la dernière décennie.

Donc, oui, le Canada agira par conviction lorsqu'il portera la cause des changements climatiques et qu'il demandera la clémence pour tous les Canadiens condamnés à la peine de mort, peu importe que ce soit en Iran ou aux États-Unis.

Le Canada de Justin Trudeau fait preuve de responsabilité en renouant graduellement des liens diplomatiques avec l'Iran, en faisant preuve d'engagement avec la Russie, parce que, dans un cas comme dans l'autre, l'isolement n'a fait que nier au Canada un rôle constructif dans le dénouement de ces crises importantes.

C'est également ce refus de la politique de la chaise vide qui justifie aux yeux du gouvernement libéral le vaste effort de réengagement auprès des Nations unies.

Et les blindés pour l'Arabie saoudite?

Stéphane Dion invoque donc sa « conviction responsable » pour justifier que son gouvernement endosse la vente de blindés d'une valeur de 15 milliards de dollars sur 14 ans à un des régimes les plus violents de la planète.

C'est un choix responsable, explique le ministre, parce que l'annulation du contrat « pourrait mener à des conséquences néfastes » : amendes potentiellement salées pour les contribuables canadiens, perte de 2000 emplois à London, effet en chaîne sur le reste de l'industrie, effets néfastes sur la crédibilité de la signature du Canada dans le cadre d'ententes internationales.

Ce sont là, en effet, des conséquences potentiellement lourdes et non négligeables, dont le gouvernement doit tenir compte.

Mais est-ce que Stéphane Dion peut vraiment ajouter qu'« un équipement semblable serait presque certainement vendu à l'Arabie saoudite par une autre entreprise »?

Où sont les convictions et la responsabilité dans un tel argument?

L'ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme a de quoi trouver l'argument « très très faible ».

Certes, il peut paraître simpliste d'opposer les milliers d'emplois au Canada aux 158 exécutions en 2015 et aux milliers de vies détruites aux mains du régime saoudiens.

Mais où est la « conviction responsable » du Canada quand le ministre justifie la vente d'armes à ce pays par le fait que d'autres pays le font?

Quelles garanties? Quelle transparence?

Le problème politique pour le gouvernement est d'autant plus criant que la loi canadienne interdit l'exportation d'armes dans des pays qui affichent de sérieuses violations des droits de la personne sans avoir eu la preuve que ces armes ne seront pas utilisées contre la population civile.

Quelles garanties le gouvernement a-t-il reçues?

La réponse est pour le moins sibylline.

Au bureau du ministre, on se contente de dire que le Canada applique des contrôles à l'exportation parmi les plus stricts et que les considérations à l'égard des droits de la personne sont prises en considération.

Pour tenter de dissiper le malaise, le ministre Stéphane Dion a promis davantage de transparence.

Vivement.

Car, tant que le secret absolu entourera ce contrat avec l'Arabie saoudite, le malaise profond subsistera. La perception demeurera que les intérêts économiques du Canada passent avant les principes au chapitre des droits de la personne.

Si c'est en effet la logique du gouvernement, pourquoi ne pas le dire clairement plutôt que de noyer le poisson dans les eaux nébuleuses de la « conviction responsable »?

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