DIVERTISSEMENT
30/03/2016 01:02 EDT

Le corps de «Molly Bloom» au Théâtre La Bordée (ENTREVUE)

Caroline Laberge

C’est sans filtre ni gêne que Molly Bloom, épouse du « très froid et très sec » Léopold, livre ses pensées les plus intimes, voguant de fantasmes en souvenirs d’amants passés. Pour trois soirs seulement, l’héroïne de James Joyce débarque au théâtre de la Bordée avec sa fantaisie. Oreilles sensibles s’abstenir.

Seule sur scène, Anne-Marie Cadieux incarne la lumineuse Molly Bloom, femme libérée et féministe avant l’heure. Pendant 80 minutes, elle déballe une à une les idées qui lui passent à travers la tête en attendant son mari, dans le lit conjugal: ce qu’elle mangera le lendemain, la relation tumultueuse avec sa fille adolescente, sa jeunesse à Gibraltar…

Et les moments forts de sa vie amoureuse et sexuelle. Tout y passe, du penchant que son époux nourrit pour les sous-vêtements féminins aux suaves nuits d’amour passées avec d’anciens amants. Sans aucun filtre, Molly prend un malin plaisir à tout décrire dans les moindres détails jusqu’au généreux membre de son amant Boylen, avec qui elle a trompé son mari quelques heures plus tôt.

« C’est cru, et c’est très cru dans la bouche d’une femme. C’est une femme qui n’a aucune culpabilité catholique: elle est libre de son corps », convient Brigitte Haentjens, qui a signé la mise en scène de Molly Bloom.

Pas surprenant que l’œuvre dont ce monologue est tiré, le célèbre Ulysse de James Joyce, ait été censurée à sa sortie en 1922. L’Irlande est à l’époque une société où l’emprise de l’Église catholique est aussi forte qu’au Québec, sinon plus. « Ça devait être complètement scandaleux », d’autant que « Joyce, dans son livre, ne s’embarrasse pas de métaphores pour ce qui est de la sexualité », poursuit celle dont c’est la 12e collaboration avec la comédienne.

Jugées honteuse dans les années 1920, la sensualité de l’héroïne de Joyce ne choque plus autant aujourd’hui. Bien au contraire, évoque la metteure en scène. « Il y a une exultation qui touche les gens parce que ça fait du bien d’entendre une parole féminine qui est dans le plaisir, dans une forme de frivolité ».

Mettre en scène la légende

Avant de faire de l’ultime chapitre d’Ulysse un monologue théâtral, cela faisait au moins dix ans que l’héroïne de James Joyce trottait dans la tête de Brigitte Haentjens. Fascinée par l’auteur depuis le lycée, elle rêvait de donner vie à la joyeuse Molly Bloom, surtout après avoir « mis en scène des personnages féminins qui étaient ravagés par la maladie, l’alcool, la maladie mentale », se souvient-elle.

Puis: un alignement de planètes rendant possible la création du spectacle, qui sera présenté à l’Espace Go et au Théâtre français du CNA en 2014. Le projet semble taillé sur mesure pour Anne-Marie Cadieux, interprète fétiche de la metteure en scène.

« C’est une interprète exceptionnelle. C’est quelqu’un qui s’engage complètement, qui se livre entièrement », lance-t-elle. « C’est fascinant ce qu’elle fait. C’est vertigineux de tenir ça pendant 1h20 sans un point avec tout ce qu’elle apporte dans cette pièce ! »

Molly Bloom est présentée à Québec jusqu’au 31 mars au théâtre de la Bordée. Les dates de la tournée québécoise sont disponibles ici.

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