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GB : la crise de la sidérurgie s'aggrave alors que Tata envisage de vendre ses usines

L'annonce par le géant indien de la sidérurgie de la vente possible de ses usines au Royaume-Uni a soulevé une vive émotion dans le pays qui craint la disparition de milliers d'emplois, poussant le gouvernement à convoquer une réunion de crise.

A l'issue d'une réunion de son conseil d'administration à Bombay, Tata Steel a annoncé mardi soir "étudier toutes les options pour restructurer son portefeuille, y compris une cession totale ou partielle de Tata Steel UK", sa filiale britannique.

Avec cette décision, pas moins de 15.000 emplois directs sont potentiellement menacés de disparition dans le pays, dont un gros tiers sur le site géant de Port Talbot au Pays de Galles (ouest), dans une région déjà fragilisée économiquement.

"Perdre cette usine serait un coup dévastateur pour l'ensemble de l'industrie de l'acier et pour l'économie galloise. Nous vivons toujours avec les conséquences de la perte de l'industrie du charbon dans les années 80", a déploré Leanne Wood, la patronne du parti nationaliste gallois Plaid Cymru.

Sous la pression des syndicats et de l'opposition travailliste, à trois mois d'un référendum crucial sur l'appartenance à l'Union européenne, le gouvernement du Premier ministre conservateur David Cameron assure envisager "toutes les options" mais n'a pas répondu aux appels des syndicats à une nationalisation temporaire.

M. Cameron présidera jeudi matin à la première heure, avant de s'envoler pour Washington où il participera à un sommet sur la sécurité nucléaire, une réunion à Downing Street pour évoquer le sujet, ont annoncé ses services dans un communiqué.

Signe du climat de crise, le ministre des Entreprises Sajid Javid va écourter un voyage officiel en Australie et s'est entretenu avec le patron de Tata, Cyrus Mistry, selon la même source.

"Nous devons nous assurer de trouver un repreneur qui réussisse", a déclaré la secrétaire d'Etat aux entreprises, Anna Soubry. "Il y a une détermination absolue du Premier ministre et de moi-même pour que l'acier continue à être produit à Port Talbot".

Le leader du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, a pour sa part réclamé un rappel du Parlement, en congé pour Pâques, pour débattre de la crise que traverse le secteur, mais s'est vu adresser une fin de non recevoir par le gouvernement.

M. Corbyn s'est rendu en fin de journée sur le site de Port Talbot pour apporter son soutien aux employés.

Le lent déclin de l'industrie sidérurgique britannique, amorcé dans les années 70, semble toujours plus s'accélérer, avec une série de restructurations et des milliers de suppressions d'emplois annoncées ces derniers mois.

Tata a répété mardi que l'activité n'était pas viable à ses yeux, avec une demande qui n'a pas récupéré depuis la crise de 2008. Il a aussi blâmé "des facteurs structurels comme la surproduction mondiale d'acier, l'augmentation significative des exportations de pays tiers vers l'Europe, des coûts de fabrication élevés, la faiblesse continue de la demande en acier sur le marché domestique et une monnaie volatile".

Concrètement, "il est impossible de passer outre ce qui se passe en Chine pour comprendre la crise de l'acier aujourd'hui", souligne Sébastien Marlier, analyste matières premières chez The Economist intelligence unit. Ce pays représente la moitié de la production mondiale d'acier, qui est de près de 1,6 milliard de tonnes par an, à comparer à seulement 10 millions de tonnes pour le Royaume-Uni.

Or la demande a reculé en Chine depuis quelques années, avec le ralentissement de la production industrielle et de la construction. Mais il n'y a pas eu de réduction équivalente de la production, si bien que le surplus annuel chinois est passé de 40 millions de tonnes il y a cinq ans à plus de 100 millions de tonnes aujourd'hui.

"Ce surplus a été exporté partout dans le monde, vers les États-Unis et l'Europe, notamment le Royaume-Uni, et le fait d'avoir une quantité énorme d'acier déversé dans les pays européens a mis une forte pression à la baisse sur les prix de l'acier", érodant les marges des producteurs locaux, explique à l'AFP Sébastien Marlier.

La question avait été timidement évoquée en octobre lors de la visite d'État à Londres du président chinois Xi Jinping, mais celui-ci avait simplement assuré que son pays réduisait ses capacités de production.

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