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Gavin Smellie : le deuil d’un ami et d’une année difficile

Gavin Smellie a beaucoup perdu en 2015 : l'or aux Jeux panaméricains par sa faute, son titre d'homme le plus rapide au Canada et son billet pour les Championnats du monde.

Le sprinteur a aussi perdu un ami cher, Daundre Barnaby, mort noyé pendant un camp d'entraînement dans les Caraïbes, la plus dure épreuve de son annus horribilis.

Le 27 mars 2015, à Saint-Kitts-et-Nevis, Smellie et ses coéquipiers de l'équipe canadienne d'athlétisme se sont offert une séance à la plage, une habitude qu'ils avaient prise pour se délier les muscles après l'entraînement.

Barnaby, spécialiste du 400 m, a perdu pied, fauché par une lame de fond, avant d'être emporté par le courant, très fort ce jour-là.

Smellie était dans l'eau au moment de la tragédie. Il garde un souvenir très clair d'un accident qui s'est déroulé très vite sous ses yeux et sous ceux de nombreux autres témoins impuissants.

« Je ne me suis pas tout de suite rendu compte de la force du courant, se rappelle-t-il. Il était dans la partie profonde, moi dans la partie peu profonde. Les vagues le frappaient au visage. Chaque fois que je le voyais, il était de plus en plus loin. On a essayé de le secourir, mais il était trop tard. On était dévastés parce qu'on entendait ses cris et ses appels à l'aide. »

Gavin Smellie se souvient de la pancarte « nagez à vos propres risques » bien en vue près de l'endroit où le groupe se baignait.

« Mais personne ne savait qu'il n'y avait pas de sauveteurs », affirme-t-il.

Dans les longs moments d'angoisse qu'il a vécus avant que des plongeurs ne trouvent le corps de Daundre Barnaby, il n'a jamais cessé d'espérer des secours.

« Il a perdu la vie en tentant d'être aventureux »

Gavin Smellie connaissait bien Daundre Barnaby pour avoir été son cochambreur en camp d'entraînement.

Il n'était pas du type téméraire et ne se serait d'ordinaire pas placé dans une situation risquée, dit-il, ce qui ajoute à la cruauté de la tragédie.

« C'est le genre de gars qui restait dans sa chambre pour jouer à des jeux vidéo, explique Smellie [...] Je me suis demandé ce qui serait arrivé s'il était resté dans sa chambre pour jouer à des jeux vidéo.

« Il a perdu la vie en tentant d'être aventureux. Il a toujours voulu être aventureux, mais il n'en parlait pas. Il a voulu faire quelque chose de spontané, à l'extérieur de sa zone de confort, et je l'admire pour ça. Mais c'est tellement triste que les choses aient mal tourné pour lui. »

Gavin Smellie a pleuré chaque jour son ami à Saint-Kitts-et-Nevis, où il ne veut plus jamais remettre les pieds. Il a trouvé du réconfort auprès de ses coéquipiers, desquels il s'est rapproché.

Et la mère de Daundre Barnaby, arrivée sur place le lendemain de l'accident, lui a donné une autre perspective sur le deuil qu'il avait entrepris.

« Sa mère est une femme très forte et je l'admire pour ça, dit-il. Oui, elle pleurait, mais pas en cassant tout autour d'elle. Elle avait de la grâce et nous faisait des câlins et nous disant que tout serait correct. »

Gavin Smellie a gardé sa vie d'athlète sur les rails en puisant dans ses souvenirs de Daundre Barnaby.

« Il m'a toujours motivé à l'entraînement, se souvient-il. Quand je commençais à relâcher, il me disait qu'il allait me battre. Et je lui disais qu'il ne me battrait pas. »

Mais le spécialiste des 100 et 200 m s'ennuie terriblement de son ami. Il pense à lui souvent.

Même les bons souvenirs restent douloureux, comme celui d'une expérience culinaire en camp d'entraînement.

Difficile 2015

Gavin Smellie était de l'équipe olympique du 4 x 100 m qui perdu la médaille de bronze à Londres, en raison d'une disqualification, parce que Jarred Connaughton a touché du pied la ligne d'un couloir adverse dans le dernier virage.

En 2015, en finale des Jeux panaméricains de Toronto, Smellie a revécu ce cauchemar, cette fois dans la peau du coupable.

Premier relayeur, il a touché la ligne pendant qu'il donnait le témoin à Andre De Grasse. Résultat : le Canada a perdu sa médaille... d'or. C'était une autre tuile dans une année difficile.

« Chaque compétition était une épreuve », se souvient Smellie. Il a aussi glissé des blocs aux Championnats canadiens, dans une finale où De Grasse lui a ravi le titre d'homme le plus rapide au pays. Et à cause d'une blessure, il a raté les mondiaux de Pékin, où le Canada a récolté le bronze au relais 4 x 100 m.

Le sprinteur de Brampton a pensé tout abandonner, mais une discussion avec ses parents l'a fait changer d'avis.

« Il vaut mieux que ce genre de choses arrive en 2015 que pendant une année importante comme 2016, dit-il. Tout va bien en ce moment et j'ai bien hâte de voir ce que 2016 me réservera. »

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