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30/03/2016 02:20 EDT | Actualisé 30/03/2016 02:20 EDT

La CSN dénonce des délais de traitement «inacceptables» dans les centres jeunesse

Radio-Canada.ca

Les cas d'enfants signalés aux centres jeunesse du Québec mettent beaucoup trop de temps à être traités s'ils ne sont pas considérés comme prioritaires et, dans toutes les régions du Québec, les délais dépassent les normes ministérielles, dénonce la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

S'appuyant sur des chiffres portant sur l'année 2014-2015, la centrale syndicale, qui représente de nombreux intervenants, soutient qu'aucun centre jeunesse n'arrive à respecter le délai de huit jours qui devrait s'écouler entre le moment où un cas lui est signalé et le moment où un intervenant établit un premier contact avec le jeune concerné ou sa famille.

Ce délai atteint 70 jours en moyenne dans le Grand Nord québécois, 57 jours en Estrie et 43 en Montérégie. Les régions qui s'en tirent le mieux à ce chapitre sont le Bas-Saint-Laurent, l'Outaouais et Montréal, où le temps d'attente avant la première rencontre dite d'évaluation-orientation atteint respectivement 14, 15 et 18 jours.

Pouvez-vous imaginer à quel point on peut se sentir abandonné par le système?

Mélissa Caouette, vice-présidente à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN)

« Si les cas les plus urgents sont traités adéquatement, il est triste de constater que les "moins prioritaires", comme certains cas de négligence, de troubles de comportement, d'abus et de mauvais traitements psychologiques, sont souvent délaissés », déplore la vice-présidente à la Fédération des professionnels (FP-CSN) Nancy Corriveau.

Ces cas, considérés de code 3 dans le jargon des intervenants, s'aggravent et deviennent souvent des codes 2 ou des codes 1, faute d'avoir reçu des services adéquats, explique la CSN.

Je vous donne un exemple : à Montréal, entre 2010 et 2014 - on l'a déjà dénoncé -, mais c'est tout près de 14 millions qui ont été coupés. Et nos politiciens nous disent : "Ben non! C'est sans impact sur la clientèle." C'est un gros mensonge, je le répète à chaque fois.

- Sylvie Théorêt, présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs du centre jeunesse de Montréal

« À bout de souffle »

Soulignant que les centres jeunesse ont subi des compressions de 50 millions de dollars entre 2010 et 2014 et que ses employés sont « à bout de souffle », la CSN demande au gouvernement Couillard de procéder à un « réinvestissement immédiat » dans le réseau, et de mettre un terme aux restructurations organisationnelles actuelles.

Au cours des derniers mois, l'attention médiatique s'est portée sur les cas de fugue, notamment au Centre jeunesse de Laval. Toutefois, il faudrait regarder tout ce qui cloche bien avant la fugue et il serait hypocrite de ne s'attarder qu'à ces cas.

- Julie Perron Hamilton, vice-présidente du Syndicat des employés du Centre jeunesse de Laval

La centrale syndicale dit attendre avec « beaucoup d'intérêt et d'inquiétude » les chiffres pour l'année 2015-2016, les premiers qui seront publiés depuis la création des centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS), créés le 1er avril 2015 par le ministre de la Santé Gaétan Barrette.

La CSN rappelle que dans un rapport publié dans la foulée d'une série de fugues médiatisées survenues à Laval, le vérificateur André Lebon avait souligné que la réforme des CISSS avait contribué à « une période de turbulence » et à une « désorganisation des services sur le terrain ».

« La fugue est une finalité. C'est l'entrée dans le réseau qui est problématique », affirme la présidente du Syndicat des travailleurs et travailleuses du Centre jeunesse de Montréal, Sylvie Théorêt.

« Comme le mentionne le rapport Lebon, il est futile de penser réduire les fugues ou mieux accompagner les jeunes filles en cause, s'il y a, en même temps, fuite du financement et des compétences ».

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