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Deux chefs-d'œuvre de Marie Chouinard, un chef et son orchestre (ENTREVUE)

Deux œuvres que les Montréalais n’ont pas vues depuis treize ans. Prélude à l’après-midi d’une faune, un solo interprété par la danseuse Carol Prieur, qui a fêté l’an dernier sa vingtième année au sein de la Compagnie Marie Chouinard. Ainsi que Le Sacre du printemps, chorégraphie durant laquelle 12 danseurs déploieront leur intensité aux côtés de 92 musiciens de l’Orchestre symphonique des jeunes de Montréal, sous la direction de Louis Lavigueur.

Malgré le caractère spécial que revêt la réunion des musiciens et des danseurs aux yeux de bien des spectateurs, Marie Chouinard aborde les prochaines représentations avec un certain détachement. « Cette chorégraphie a été créée sur la musique orchestrale de Stravinski en 1993 et ça fait plus de vingt ans qu’on danse avec elle, précise la créatrice en entrevue. La seule différence, cette fois, c’est que la musique sera jouée live. On n’a rien changé, rien adapté ».

Elle convient tout de même que la charge émotive d’une telle réunion aura un effet puissant sur les amateurs. « Puisque les instrumentistes sont sur le plateau avec les danseurs, et non cachés dans la fosse, ça devient encore plus prenant! Mes interprètes sont habitués de jouer avec un orchestre un peu partout dans le monde, mais ça demeure un plus pour eux et pour le public de goûter à la portée émotive beaucoup plus grande d’une musique jouée en direct. »

Dansé par 12 interprètes, plutôt que 10 à l’habitude, afin de donner une plus grande ampleur aux mouvements de groupe, Le Sacre du printemps risque de faire vibrer les milliers de spectateurs dans la salle. « La musique de Stravinski est exceptionnelle. C’est une composition vigoureuse, avec des rythmes sauvages qu’on sent beaucoup dans le corps. Elle donne envie de bouger! »

Prélude à l’après-midi d’une faune

Marie Chouinard parle avec autant de passion du Prélude à l’après-midi d’une faune, une courte pièce inspirée de l’esprit de Nijinski. Élaborée sur la musique de Debussy, l’œuvre donne corps au mythique animal.

« Quand on danse le faune, on est à la fois un humain et un animal. Tout le travail d’incarnation du personnage doit être au service du faune. Quand on respire par le nez, on doit s’imaginer le faire à travers des naseaux, et non des narines. La respiration doit être animale et ancrée dans la terre. Il faut sentir les cornes pousser sur sa colonne vertébrale. »

Des années après avoir elle-même dansé le solo, Chouinard a guidé Carol Prieur dans les méandres de la chorégraphie. Elle n’a d’ailleurs que de bons mots pour la danseuse qu’elle côtoie depuis plus de deux décennies.

« Carol est une des plus grandes interprètes vivantes dans le monde en ce moment! Il y a quelques années, elle a été nommée interprète de l’année par un magazine en Allemagne. Elle fait preuve d’un dévouement absolu envers son art. J’admire son intégrité et son approche du travail. »

La rigueur de Prieur n’est pas un luxe quand vient le temps d’intégrer toutes les nuances du Prélude. « C’est une partition très exigeante techniquement, affirme Marie Chouinard. Elle demande un contrôle minutieux de tous les angles du corps. C’est à la fois très fougueux et très contenu. Le corps est toujours entièrement de profil, avec les épaules ouvertes vers l’avant, ce qui est très complexe. Il faut gérer en même temps la mathématique du mouvement, se sentir comme un animal et être à l’écoute de la musique de Debussy. Un peu comme si l’interprète chevauchait plusieurs animaux à la fois et devait les contrôler tous. »

L'occasion de (re)découvrir

Alors que plusieurs membres du public découvriront les deux pièces pour la première fois, d’autres se présenteront dans la salle avec une furieuse envie de redécouverte. Une volonté qui continue d’habiter la chorégraphe et ses interprètes, qui ne cessent de répéter et de peaufiner les œuvres qui les accompagnent aux quatre coins du monde depuis des lunes.

« Plus les danseurs dansent une œuvre, plus leur travail d’interprétation va en profondeur. Leur expérience devient plus riche. Ils découvrent de nouveaux aspects. Un peu comme les acteurs qui jouent Shakespeare année après année. Il y a toujours plus de couches de sens. Et ils sont constamment confrontés au défi de revivre chaque mouvement comme si c’était la première fois. »

Le programme double de la Compagnie Marie Chouinard sera présenté du 31 mars au 2 avril au Théâtre Maisonneuve de Montréal. Cliquez ici pour plus de détails.

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