POLITIQUE
23/03/2016 09:55 EDT | Actualisé 23/03/2016 09:57 EDT

Après le boom des dernières années, l'économie de la Côte-Nord tourne au ralenti

Radio-Canada.ca

Après le boom des dernières années, l'économie de la Côte-Nord tourne au ralenti. Le taux de chômage a augmenté et la région minière subit les contrecoups de la baisse du prix du fer sur le marché international. Certains projets phares de la nouvelle mouture du Plan Nord, qui promettaient d'importantes retombées locales, ont été abandonnés ou tardent à se réaliser.

Un reportage de Charles Alexandre Tisseyre

Rémi Fortin pensait faire carrière toute sa vie dans l'industrie minière de la Côte-Nord.

Les minières, c'est la grosse piasse et ils te vendent du rêve que tu vas pouvoir en profiter, voyager, t'acheter des choses, des ski doos, des bateaux. C'est comme ça que ça fonctionne.

Rémi Fortin, ex-employé de Cliffs ressources naturelles

Aujourd'hui, le résident de Sept-Îles compte parmi les 1000 travailleurs licenciés de Cliffs ressources naturelles.

L'entreprise américaine a cessé d'exploiter la mine de fer du lac Bloom, près de Fermont, il y a un an et demi. Résultat : près du quart des emplois directs du secteur minier dans la région ont disparu.

Plongé dans l'incertitude, le père de famille a choisi de retourner sur les bancs d'école. Il gagne sa vie désormais comme inspecteur de bâtiment. « Ça finit qu'on n'a plus rien à perdre, dit-il. Donc, on saute et on essaie. »

Si Rémi Fortin a choisi de rester, d'autres personnes ont décidé de partir. La Côte-Nord a subi les plus grandes pertes migratoires du Québec, l'année dernière, et compte maintenant 1 339 résidents de moins.

Chute du prix du fer

L'effondrement du prix du fer a fait mal à la région, dont l'économie est intimement liée à l'exploitation des ressources naturelles.

Le taux de chômage a augmenté : il est passé de 8 %, en 2011, à 11,3 % au mois de février dernier.

Il y a cinq ans, en pleine effervescence du Plan Nord, la tonne de fer valait 187 dollars américains. En décembre dernier, elle dégringolait sous la barre des 40 dollars.

Pour le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier, les entreprises ont subi les contrecoups de cette chute. « On disait aux gens d'investir avec la première mouture du Plan Nord et ils l'ont fait de façon importante », dit-il.

C'était l'effervescence et ça tirait de tous côtés. Finalement, ça a été une grosse balloune qui s'est pétée.

Réjean Porlier, maire de Sept-Îles

Les défis du Plan Nord+

Le nouveau Plan Nord du gouvernement Couillard est lui aussi tributaire du marché mondial.

Annoncés en grande pompe, un important projet d'usine de silicium à Port-Cartier a été abandonné et celui de Mine Arnaud, à Sept-Îles, peine à trouver du financement.

Selon le président de la Chambre de commerce de Sept-Îles, Marc Brouillette, les petites et moyennes entreprises vivent une période de transition « très difficile ».

Nos entreprises doivent s'adapter à plusieurs réalités à la fois économiques et techniques. On leur demande de produire à moindre coût et d'être plus compétitives.

Marc Brouillette, président de la Chambre de commerce de Sept-Îles

Un meilleur dialogue avec Québec demandé

Deux autres géants miniers poursuivent leurs activités, ainsi que la plus grande aluminerie en Amérique du Nord, Alouette.

Plus à l'ouest, l'industrie forestière semble s'être stabilisée à la suite de la crise de l'été dernier entre les industriels et le gouvernement.

La Côte-Nord réclame toutefois de meilleures communications avec Québec pour qu'elle se dote d'une vision économique à long terme.

Il y a une méconnaissance de la Côte-Nord. Quand tu viens, tu comprends d'abord la réalité du terrain et le potentiel de cette région, qui est sous-estimé.

Réjean Porlier, maire de Sept-Îles

Malgré tout, le maire de Sept-Îles demeure optimiste quant à l'avenir de la région, qui a déjà navigué en eaux troubles.

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