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22/03/2016 09:56 EDT | Actualisé 23/03/2017 01:12 EDT

Tchad: trois leaders de la société civile arrêtés pour avoir appelé à manifester contre Deby

Trois leaders de la société civile tchadienne ont été arrêtés et sont détenus à la police judiciaire de N'Djamena, après avoir appelé à manifester contre le président Idriss Deby Itno, a-t-on appris mardi de sources policières.

Le porte-parole de la coalition "Ça suffit", Mahamat Nour Ahmed Ibedou, a été arrêté lundi "pour avoir distribué des tracts appelant à une marche pacifique" le lendemain, a indiqué à l'AFP une source policière sous couvert d'anonymat.

Le militant, gardé à la police judiciaire, a été mis à la disposition du procureur de la République qui a ouvert une enquête, a affirmé cette source.

Mardi, deux autres figures de la société civile, le secrétaire général de l'Union des syndicats du Tchad (UST), Younous Mahadjir, ainsi que le porte-parole du mouvement "Iyina" ("on est fatigués", en arabe local), Nadjo Kaina Palmer, recherché depuis hier, ont été à leur tour arrêtés par la police judiciaire, où ils sont détenus, selon un officier de police de la ville.

Ces derniers jours, ces organisations avaient appelé la population à marcher pacifiquement dans toutes les villes du pays pour protester contre la candidature du président sortant Idriss Deby Itno, au pouvoir depuis 26 ans, à l'élection présidentielle du 10 avril.

Mais samedi, le ministre de la Sécurité publique et de l'Immigration Ahmat Mahamat Bachir a interdit "toute manifestation publique qui sort du cadre de la campagne électorale".

Seules "les manifestations des candidats aux élections présidentielles" sont désormais autorisées, a-t-il précisé.

A la suite de cette interdiction, aucune manifestation n'avait été signalée mardi à la mi-journée à N'Djamena ou en province.

Dans un communiqué, l'ONG Amnesty International a dénoncé mardi l'arrestation des porte-parole de "Ca suffit" et "IYINA": "à moins de trois semaines de l'élection présidentielle, l'arrestation et la détention des deux activistes envoie un signal préoccupant sur les restrictions des droits humains", a déclaré Samira Daoud, directrice adjointe pour l'Afrique de l'Ouest et centrale à Amnesty.

Les charges retenues contre eux sont "troubles à l'ordre publique" et "résistance à l'action des autorités", alors qu'ils "n'ont été arrêtés que pour avoir exercé leur droit légitime à la liberté d'expression, d'association et de réunion", affirme Amnesty, qui réclame leur "libération immédiate et sans condition".

Le régime tchadien, pays producteur de pétrole à la population très pauvre, a été confronté ces dernières semaines à une contestation inédite à la suite d'un mouvement de lycéens qui dénoncent depuis le 15 février le viol d'une jeune Tchadienne par des fils de dignitaires. Deux lycéens ont été tués par la police et l'armée au cours de ces manifestations.

Idriss Deby Itno, arrivé au pouvoir par la force en 1990, et candidat à un cinquième mandat, affrontera 13 autres candidats.

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