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22/03/2016 00:45 EDT | Actualisé 22/03/2017 01:12 EDT

Procès Savtchenko: la justice russe reprend la lecture du verdict

La justice russe a repris mardi la lecture du verdict dans le procès de la pilote d'hélicoptère ukrainienne Nadia Savtchenko, accusée du meurtre en juin 2014 de deux journalistes russes dans l'est séparatiste de l'Ukraine.

Après avoir été interrompue lundi soir, la lecture du verdict a recommencé mardi à 07H00 GMT dans le tribunal de la petite ville russe de Donetsk, près de la frontière avec l'Ukraine, surveillé par une cinquantaine de membres des forces anti-émeute.

Vêtue d'un tee-shirt noir, Nadia Savtchenko, enfermée dans une cage vitrée dans la salle d'audience comme le veut l'usage en Russie, discutait avec ses avocats en attendant l'annonce de sa sentence. Le Parquet a requis contre elle 23 ans de prison.

Le juge lisait d'une voix monotone pour le deuxième jour de suite les chefs d'accusation portés contre la pilote ukrainienne, qui est accusée du meurtre de deux journalistes russes, Igor Korneliouk et Anton Volochine, tués en juin 2014 dans l'est de l'Ukraine.

Nadia Savtchenko, 34 ans, rejette en bloc les accusations, assurant avoir été capturée par des rebelles prorusses avant que les deux journalistes ne trouvent la mort puis livrée à la Russie.

"Il est certain qu'elle sera reconnue coupable et condamnée à une lourde peine qui a déjà été décidée", a fustigé sur Facebook l'un de ses avocats, Mark Feïguine. Celle qui est devenue le symbole de l'Ukraine dressée face à la Russie "refuse catégoriquement de faire appel de sa condamnation et ne croit pas en la justice russe", affirme-t-il.

L'avocat a néanmoins annoncé avoir "commencé une série de procédures internationales pour sa libération", dont une auprès du rapporteur de l'ONU pour les droits de l'Homme.

"Soit je rentre en Ukraine, soit je meurs en prison. Ils peuvent y aller eux-mêmes en Sibérie, les salopards", avait déclaré lundi l'accusée, connue pour son esprit frondeur, devenue symbole de la lutte de Kiev contre Moscou.

- Monnaie d'échange -

Le président ukrainien Petro Porochenko a pour sa part promis de faire "tout son possible" pour ramener Nadia Savtchenko chez elle, évoquant un éventuel échange de prisonniers avec Moscou.

Deux hommes capturés par les forces ukrainiennes et présentés par Kiev comme des agents du renseignement militaire russe sont actuellement jugés en Ukraine, et pourraient servir de monnaie d'échange.

Moscou détient de son côté entre une dizaine et une trentaine d'Ukrainiens. Le cas de plusieurs d'entre eux a été médiatisé, notamment celui du réalisateur Oleg Sentsov, arrêté en Crimée et condamné à 20 ans pour "terrorisme" et "trafic d'armes".

Emprisonnée depuis 21 mois, Nadia Savtchenko n'a pas hésité à défier ouvertement le pouvoir russe pendant sa détention et son procès.

Élue symboliquement députée dans son pays pendant son incarcération, elle a été plus de 80 jours en grève de la faim entre décembre 2014 et mars 2015. Début mars, elle a arrêté de se nourrir et de s'hydrater pendant sept jours.

"Tout ce que je peux faire, c'est de montrer par l'exemple que la Russie, avec son régime totalitaire, peut être vaincue si vous n'avez pas peur et n'êtes pas brisé", a-t-elle déclaré au dernier jour de son procès, avant de sauter sur le banc des accusés et d'adresser un bras d'honneur à ses juges.

- Pression occidentale -

Les relations entre Moscou et Kiev sont quasiment gelées depuis l'annexion de la Crimée par Moscou en mars 2014, suivie d'une insurrection armée prorusse dans l'Est qui a fait plus de 9.000 morts.

Les accords de Minsk signés sous l'égide de Berlin et Paris et censés régler le conflit entre Kiev et les rebelles ont permis de mettre fin à la phase active des combats mais sans avancée réelle du règlement politique.

L'Ukraine a également souhaité que le sort de la pilote ukrainienne soit évoqué par le secrétaire d'État américain John Kerry et le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, en visite à Moscou cette semaine.

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