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22/03/2016 03:20 EDT | Actualisé 23/03/2017 01:12 EDT

Obama s'adresse aux Cubains depuis le coeur de La Havane

Barack Obama doit s'adresser mardi à des millions de Cubains depuis le coeur de La Havane pour évoquer l'avenir des relations entre les deux pays, figées dans le temps pendant un demi-siècle.

Le discours, très attendu sur l'île, sera retransmis en direct à la télévision cubaine. Le 17 décembre 2014, le président américain était apparu une première fois sur les écrans cubains depuis la Maison Blanche, annonçant - à la surprise générale - un rapprochement avec le régime communiste.

"C'est l'occasion unique durant cette visite de prendre un peu de hauteur et de parler directement à tous les Cubains", explique Ben Rhodes, proche conseiller de M. Obama, qui a mené les négociations secrètes ayant abouti au dégel.

A dix mois de la fin de son mandat, M. Obama veut profiter de cette allocution depuis le grand théâtre Alicia Alonso, qui peut accueillir jusqu'à 1.300 personnes, pour livrer sa vision des relations américano-cubaines, au-delà de se présidence mais aussi de celle de Raul Castro, qui doit se retirer en 2018.

Lundi, les deux hommes ont eu une discussion "franche et directe".

"Je lui ai dit que, pendant 50 ans, ils avaient utilisé les Etats-Unis - et leur intérêt pour un changement de régime - comme une excuse pour empêcher les voix discordantes à Cuba. Maintenant que la normalisation est en cours, cette excuse ne tient plus", a expliqué M. Obama sur ABC après le face-à-face.

Le président américain s'est aussi dit convaincu que son homologue cubain "voulait vraiment le changement".

A l'issue de cette allocution, M. Obama s'entretiendra avec un groupe de dissidents et d'opposants cubains à l'ambassade des Etats-Unis.

La Maison Blanche reconnaît ouvertement le peu de progrès enregistrés sur les libertés individuelles à Cuba depuis fin 2014.

Lors d'une conférence de presse lundi au ton parfois déconcertant, Raul Castro s'est emporté face à un journaliste américain qui l'interrogeait sur les prisonniers politiques.

"Donnez-moi la liste immédiatement pour que je les libère. Donnez-moi le nom ou les noms. S'il y en a, ils seront libérés avant la nuit !", a lancé le leader cubain.

- Baseball, puis Rolling Stones -

L'exécutif américain possède-t-il une telle "liste" et est-il prêt à la remettre aux autorités cubaines ?

Selon Ben Rhodes, la question est régulièrement évoquée lors des rencontres entre les deux pays. "Le problème n'est pas qu'ils n'ont pas connaissance de ces cas mais qu'ils ne les considèrent pas comme des prisonniers politiques", a-t-il résumé.

La tenue même de cette conférence de presse commune, dans le palais de la Révolution de La Havane, est, pour la diplomatie américaine, la preuve que les relations bilatérales sont entrées dans "une nouvelle ère" et qu'un retour en arrière est improbable.

Avec cette tribune, M. Obama entend aussi s'adresser à la communauté cubaine en exil: quelque deux millions de personnes, dont la moitié vit à Miami, en Floride.

Le changement démographique parmi les exilés a changé la donne: la nouvelle génération, qu'elle soit née aux Etats-Unis ou fraîchement immigrée, ne partage en effet pas la ferveur anti-Castro des années 1960 à 1980.

Soucieux de se démarquer des interventions passées de Washington dans les affaires cubaines, M. Obama devrait aussi insisté, comme il l'a fait lundi, sur le fait que l'avenir de l'île "ne sera pas décidé par les Etats-Unis ou un autre pays".

M. Obama, qui a jalonné ses déclarations sur l'île de quelques mots d'espagnol, a admis - une fois pour toutes - que les langues étrangères n'étaient pas son point fort, reconnaissant que sa fille ainée, Malia, 17 ans, était "bien meilleure que lui".

Avant de s'envoler pour l'Argentine, le président américain assistera dans un stade de 55.000 places rafraîchi pour l'occasion, à un match de baseball très attendu entre les Tampa Bay Rays de Floride et l'équipe nationale de Cuba.

"C'est un honneur de jouer devant deux présidents", a estimé l'entraîneur de Tampa Bay, Kevin Cash, qui a désigné comme premier batteur Dayron Varona, le seul Cubain membre de l'équipe américaine, qui a fui clandestinement l'île il y a deux ans pour réaliser son rêve de pouvoir évoluer au sein du championnat américain.

A peine Air Force One aura-t-il décollé, les Cubains se tourneront vers une autre visite, très attendue elle aussi: celle des Rolling Stones qui donneront vendredi un grand concert gratuit, une première pour le groupe de rock britannique.

jca/ros