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22/03/2016 09:13 EDT | Actualisé 23/03/2017 01:12 EDT

Obama aux Cubains: "Si se puede !"

Au dernier jour d'une visite historique à La Havane, le président américain Barack Obama s'est adressé directement aux Cubains, assurant que le changement était possible sur l'île et plaidant avec force pour la liberté d'expression.

"Je suis venu ici enterrer le dernier vestige de la Guerre froide dans les Amériques", a lancé M. Obama dans un discours retransmis en direct à la télévision.

Assis dans une loge en hauteur, face à la scène, son homologue cubain Raul Castro, 84 ans, avec lequel il a engagé il y a 15 mois un rapprochement longtemps inimaginable, est resté largement impassible, applaudissant cependant à l'évocation de Nelson Mandela.

"Creo en el pueblo cubano" (Je crois en le peuple cubain), a poursuivi M. Obama en espagnol.

Défendant l'amélioration des relations entre les deux pays, figées depuis la révolution castriste de 1959, M. Obama a livré un véritable plaidoyer pour les libertés dans l'île communiste.

"Je pense que les citoyens devraient être libres d'exprimer leurs opinions sans peur, de critiquer leur gouvernement et manifester de manière pacifique", a-t-il déclaré devant quelque 1.300 personnes.

"Je crois que les électeurs devraient pouvoir choisir leur gouvernement dans des élections libres et démocratiques", a-t-il martelé, sous les applaudissements d'une partie de la salle.

"J'ai clairement dit que les Etats-Unis n'avaient ni la capacité ni l'intention d'imposer des changements à Cuba", a-t-il ajouté. "Les changements à venir dépendront du peuple cubain".

Pour Lazaro Bosch, un employé portuaire de 62 ans, "Obama a touché les Cubains" avec son discours. "Nous l'avons écouté avec attention mais, comme il l'a dit, les problèmes de Cuba seront résolus par les Cubains".

- Lever l'embargo -

Evoquant les critiques récurrentes de La Havane sur les dysfonctionnements et les injustices de la société américaine, M. Obama a reconnu que certaines d'entre elles étaient fondées.

"Ce n'est pas facile. Nous avons encore d'énormes problèmes", a-t-il dit. "Mais nous travaillons à les résoudre par le biais de la démocratie".

Le président a reçu une salve d'applaudissements lorsqu'il a appelé le Congrès américain à lever l'embargo qui étrangle l'économie cubaine depuis 1962.

"C'est un poids pour le peuple cubain et cela n'a plus lieu d'être", a-t-il lancé. "C'est un poids pour les Américains qui veulent travailler et investir à Cuba", a-t-il ajouté. "Il est temps de le lever !".

"Si se puede!" ("Oui, c'est possible"), a-t-il conclu, en allusion à son célébrissime slogan électoral "Yes we can!".

Avec cette tribune inédite, M. Obama s'est aussi adressé à la communauté cubaine en exil: environ deux millions de personnes, dont la moitié vivent à Miami, en Floride.

- "Courage extraordinaire" -

Barack Obama n'a cependant pas pu prendre un bain de foule à son arrivée ou à sa sortie du grand théâtre Alicia Alonso: les rues de la vieille Havane étaient totalement désertes, sous bonne garde de la sécurité d'Etat.

A l'issue de cette allocution, il a néanmoins rencontré un groupe d'une douzaine d'opposants cubains à l'ambassade des Etats-Unis.

"Tous les individus autour de cette table ont fait preuve d'un courage extraordinaire", a-t-il souligné au début de cette rencontre.

Parmi les invités, Elizardo Sanchez, président de la Commission cubaine des droits de l'homme (CCDH), qui avait expliqué à l'AFP attendre du président américain "un appui" aux "efforts pacifiques" des mouvements dissidents.

Avant de s'envoler pour l'Argentine, le président américain devait assister dans un stade de 55.000 places rafraîchi pour l'occasion à un match de baseball très attendu entre le club de Floride des Rays de Tampa Bay et l'équipe nationale de Cuba.

"C'est un honneur de jouer devant deux présidents", a estimé l'entraîneur de Tampa Bay, Kevin Cash, qui a désigné comme premier batteur Dayron Varona, le seul Cubain membre de l'équipe américaine, qui a fui clandestinement l'île il y a deux ans pour évoluer au sein du championnat américain.

A peine Air Force One aura-t-il décollé, les Cubains se tourneront vers une autre visite, très attendue elle aussi: celle des Rolling Stones, qui donneront vendredi un grand concert gratuit.

jca-ag/gl