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21/03/2016 23:25 EDT | Actualisé 22/03/2017 01:12 EDT

Nigeria: vers un possible retour de trésors de l'ancien royaume du Bénin

L'éventualité de la restitution au Nigeria d'une statue en bronze exposée à l'université de Cambridge a ouvert des perspectives à la famille royale de l'ancien royaume du Bénin de voir revenir des milliers d'oeuvres pillées au XIXe siècle lors de la période coloniale.

Tout est parti du Jesus College, une des 31 facultés de la prestigieuse université anglaise, qui a annoncé début mars son intention d'engager des discussion avec le Nigeria et les autorités patrimoniales britanniques sur le devenir d'un bronze représentant un coq baptisé "Okukor", volé lors d'une expédition punitive en 1897.

Cet épisode intervient dans un contexte de contestation estudiantine du passé colonial de la Grande-Bretagne. Il a été salué comme "un développement bienvenu" par le prince Edun Akenzua, frère cadet de l'Oba (roi) du Bénin. L'ancien royaume du Bénin correspond au sud-ouest de l'actuel Nigeria.

"Nous savions que Cambridge détenait ce genre de chose et nous avons toujours demandé sa restitution ainsi que celle de quelque 3.500 à 4.000 autres objets pillés lors de l'invasion du palais royal de Benin City", poursuivit le prince.

"Nous appelons les pays européens à nous retourner nos biens culturels disséminés dans les musées et galeries de Londres, Paris, Berlin et d'autres villes à travers le monde", déclare-t-il à l'AFP.

- 'Pages de notre histoire' -

L'histoire remonte à 1897 quand neuf officiers britanniques furent tués lors d'une mission commerciale dans le royaume du Bénin alors indépendant. La riposte fut féroce, marquée par la mort de plusieurs milliers d'habitants, l'incendie de la ville, le pillage du palais et l'exil de l'Oba.

Des centaines d'oeuvres d'art furent emportées dont des bronzes qui représentaient le roi et des courtisans des siècles passés.

En juin 2014, deux statues ont retrouvé leur place dans le palais royal après avoir été rendues par un consultant britannique à la retraite dont le grand-père avait participé à la razzia d'origine. Cela avait donné lieu à une cérémonie en présence de l'actuel roi, à la fonction honorifique, Uku Akpolokpolo Erediauwa Ier.

Les appels à la restitution ont repris de plus belle avec le mouvement des étudiants de Cambridge, critiqués chez eux par des historiens et des universitaires qui leur reprochent de "faire la guerre au passé".

Le prince Akenzua estime que des reproductions pourraient être fabriquées à l'intention des musées étrangers qui voudraient pouvoir continuer d'exposer ces objets. Mais les originaux doivent revenir au pays, ce sont "des pages de notre histoire", fait valoir le prince.

La question du rapatriement des trésors volés avait émergé au début des années 1990 avec une initiative du général Ibrahim Babangida, à la tête de la junte au pouvoir de 1985 à 1993, mais elle était retombée avec son départ.

- Préservation -

Selon un haut responsable de la Commission nationale des musées et monuments à Benin City, qui a requis l'anonymat, le Nigeria fera "tout son possible" pour recouvrer ses oeuvres. "Nous allons entrer en négociation avec les musées, les institutions privées et publiques où elles sont conservées", assure-t-il.

Toutefois, un membre de la cour du roi, James Ezomo, émet des doutes sur la capacité des autorités locales à assurer une conservation digne de ce nom. "Autant je veux que ces pièces reviennent au pays, autant je me demande si nous pourrons préserver ces trésors inestimables", s'interroge M. Ezomo.

"Les Blancs utilisent la technologie pour préserver les oeuvres et je ne pense pas que nous ayons les moyens de faire la même chose ici", ajoute-t-il.

Mais le prince Akenzua ne l'entend pas ainsi: "Si un homme a volé ma voiture et a admis qu'il me l'a volée et me la rend, sont-ce ses affaires de savoir si j'ai un garage ou non pour l'y garder?"

"Ces objets appartiennent à nos ancêtres. Ils doivent nous être retournés. Cela ne regarde personne de savoir comment nous les conserverons", tranche le prince.

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