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22/03/2016 03:48 EDT | Actualisé 22/03/2016 03:52 EDT

Les pourparlers sur la Syrie cruciaux pour empêcher de nouveaux attentats

Reuters

Les attentats de Bruxelles ont rappelé l'urgence de parvenir à une solution négociée en Syrie, ont souligné mardi l'ONU et l'opposition syrienne à Genève, où se déroulent de fragiles pourparlers de paix.

"La tragédie" de Bruxelles souligne une nouvelle fois "que nous n'avons pas de temps à perdre", a estimé l'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, pour qui "il faut éteindre le feu" dans ce pays.

"La solution de la lutte contre le terrorisme (...) est de trouver une formule de transition politique en Syrie", a martelé le diplomate qui supervise les discussions indirectes entre le régime de Damas et l'opposition.

Des attaques contre l'aéroport international et une station de métro de Bruxelles ont fait au moins 34 morts et plus de 200 blessés mardi matin.

Elles ont été revendiquées par le groupe Etat islamique (EI) qui, après l'Irak, a gagné de larges pans du territoire syrien en profitant du chaos dans le pays.

En phase avec Staffan de Mistura, l'opposition syrienne a également estimé que ces attaques rappelaient le lien entre la "folie des terroristes" au Moyen-Orient et en Europe.

"Le processus de Genève est aujourd'hui fondamental pour rétablir l'équilibre politique global et éviter le chaos dont nous menacent les fanatiques", a déclaré la porte-parole du Haut comité des négociations (HCN), Bassma Kodmani.

Les discussions, rendues possibles par une trêve entrée en vigueur le 27 février et plutôt respectée, visent à mettre un terme à un conflit qui a déjà fait plus de 270 000 morts et poussé des millions de personnes à l'exode.

Selon la feuille de route de l'ONU, elles doivent aboutir à la création dans six mois d'un "organe de transition", chargé d'élaborer une nouvelle Constitution et d'organiser des élections d'ici 18 mois. Mais les négociations progressent extrêmement lentement.

Tordre le bras

"L'atmosphère a changé" depuis un round de discussions avorté en début d'année, a assuré Staffan de Mistura. Après une dizaine de jours en Suisse, "personne n'est parti, n'a claqué la porte ou rejeté son interlocuteur", s'est-t-il modestement réjouit.

Aucune avancée concrète n'a toutefois été enregistrée et la méfiance reste palpable entre les frères ennemis, aux vues antinomiques.

L'opposition exige le départ immédiat de Bachar al-Assad et de réels pouvoirs. "La Syrie n'appartient pas à une personne et il n'y aura pas de rôle pour une personne qui a du sang sur les mains", a encore martelé mardi Assad al-Zoabi du HCN.

Il est "hors de question" de discuter du sort du président Assad, avait à l'inverse martelé la délégation du régime lundi, en refusant de préciser sa vision de la transition politique.

"Le régime ne lâche rien car il sait que si une vraie négociation s’engage, c’est le début de la fin pour lui", a commenté pour l'AFP l'analyste Agnès Levallois, spécialiste du Moyen-Orient.

"Il va utiliser tous les subterfuges pour jouer la montre, a-t-elle prédit. C’est sa seule planche de salut, l’espoir que de Mistura finisse par rendre son tablier comme l’avaient fait ses prédécesseurs", Kofi Annan en 2012 et Lakhdar Brahimi en 2014.

Pour elle, les Russes ont toutefois les moyens de "tordre le bras" à leur allié. Et la visite à Moscou du secrétaire d'Etat américain John Kerry, qui a quitté mardi soir les Etats-Unis, pourrait être l'occasion de nouvelles pressions.

En intervenant militairement en Syrie à partir de la fin septembre, la Russie a permis au régime de Bachar al-Assad de regagner une partie des territoires perdus.

Mais l'annonce surprise, il y a huit jours, du retrait partiel des troupes russes a été analysée comme un signal envoyé au régime pour qu'il s'engage sérieusement dans les discussions.

"On a des attentes fortes envers les discussions de Moscou", a reconnu Staffan de Mistura. "On espère qu'elles seront productives et nous aideront à reprendre les discussions plus en profondeur", après une pause de plusieurs jours qui débutera jeudi soir.

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