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22/03/2016 09:06 EDT | Actualisé 23/03/2017 01:12 EDT

Le match entre Apple et la justice américaine interrompu, pour le moment

Le bras de fer entre le gouvernement américain et Apple pour la protection des données privées est, au moins pour le moment, interrompu, mais le match n'est vraisemblablement que reporté.

"Ce n'est qu'une question de temps avant qu'un autre cas du même type ne surgisse", prévient ainsi Joseph Hall, du Centre pour la démocratie et la technologie, un groupe qui promeut les droits numériques.

Le gouvernement américain a en effet annoncé lundi soir avoir probablement trouvé un moyen d'entrer dans l'iPhone crypté d'un des auteurs décédé de l'attentat de San Bernardino, qui avait fait 14 morts début décembre en Californie. Il a de ce fait demandé le report d'une audience sur l'affaire qui devait se tenir mardi.

La police fédérale (FBI) avait sollicité depuis plusieurs semaines "une assistance raisonnable" d'Apple pour l'aider à accéder au données du jihadiste, Syed Farook, mais le géant technologique refusait, mettant en avant que déverrouiller son iPhone créerait un dangereux précédent permettant de justifier que les autorités demandent l'accès aux données personnelles de nombreux citoyens pour de multiples raisons, menaçant le droit à la vie privée.

Selon M. Hall, la décision de reporter l'audience de mardi "montre que le FBI s'attendait à voir ses arguments balayés", et qu'il n'aurait pas pu obliger Apple à l'aider.

Les enquêteurs ont expliqué qu'un "tiers" avait "démontré à la police fédérale (FBI) une méthode pour débloquer le téléphone de (Syed) Farook". Si elle s'avère "viable, il n'y aura plus besoin de l'aide d'Apple".

Cet étonnant développement ne fait qu'illustrer les limites du cryptage, estime James Lewis, spécialiste en cyber-sécurité au Center for Strategic and International Studies. "Dès que quelqu'un me dit qu'un appareil est inviolable, ça me rappelle le Titanic, qui était insubmersible", dit-il à l'AFP.

"Si vous donnez à des spécialistes assez de ressources, ils pourront forcément entrer. C'est une course sans fin entre les ingénieurs qui créent les logiciels de cryptage et ceux qui essaient de les pirater", ajoute-t-il.

"On peut avoir un appareil qu'on considère infaillible, très bien crypté, mais une faille sera découverte dans le futur", acquiesce Joseph Hall. "Vous pouvez voir comment Apple a géré cette affaire, mais le jeu du chat et de la souris va continuer".

- Un ancien employé d'Apple ? -

Pour M. Hall, le FBI espérait apparemment créer un précédent, et "il est difficile de trouver une affaire qui ferait naître autant de sympathie pour leur cause" que celle de San Bernardino. Mais Apple est resté inflexible.

Les différents sondages réalisés sur cette bataille judiciaire très médiatisée ces dernières semaines ont montré des résultats divergents, certains étant favorables à Apple, d'autres plus en faveur du FBI.

Toutefois, l'argument des autorités selon lequel il est vital de décrypter les données stockées dans les téléphones de terroristes pour éviter d'autres attentats va probablement trouver un écho grandissant avec la multiplication des attentats.

"Avec les récents événements à Paris et Bruxelles, si on découvre que des iPhone ont été utilisés pour planifier ces attaques, cela pourrait pousser les gens à se ranger davantage du côté des autorités", souligne Darren Hayes, professeur spécialisé dans la législation informatique à l'université Pace.

Les législateurs vont probablement devoir légiférer prochainement sur la question du cryptage des téléphones portables, aux Etats-Unis mais aussi ailleurs: "Il ne s'agit pas que d'une affaire strictement américaine. On verra qui des Etats-Unis ou de l'Union européenne légiférera le premier", reprend M. Hayes.

Quant à savoir qui a proposé son aide au FBI, le mystère demeure. Certains avancent le nom de John McAffee, le fantasque créateur de l'antivirus éponyme, qui aurait offert ses services aux enquêteurs. D'autres sont certains qu'il s'agit d'un ancien employé d'Apple.

"En réalité, il serait surprenant qu'Apple ne soit pas intervenu", avance même Antoine Chéron, avocat parisien spécialisé notamment dans les nouvelles technologies de l'information et de la communication.

"La version des faits telle qu'avancée par le gouvernement américain constituerait un juste milieu et permettrait à Apple de collaborer avec le FBI tout en maintenant son image de garant des libertés fondamentales auprès des consommateurs", conclut-il.

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