NOUVELLES
22/03/2016 07:15 EDT | Actualisé 23/03/2017 01:12 EDT

Burundi: assassinat d'un officier accusé d'implication dans la répression

Un lieutenant-colonel régulièrement accusé d'être impliqué dans la répression des opposants au président burundais Pierre Nkurunziza a été assassiné par balles mardi, alors qu'il se trouvait dans l'enceinte de l'état-major général de l'armée à Bujumbura, a appris l'AFP de sources militaires concordantes.

Darius Ikurakure se trouvait à l'état-major de l'armée vers 13H00 (11H00 GMT) lorsqu'il a été assassiné par un militaire qui a ensuite pris la fuite, selon ces sources. Interrogé sur cet assassinat par l'AFP, un haut responsable de l'armée a répondu sous couvert de l'anonymat: "C'est malheureusement vrai".

L'état-major est pratiquement désert pendant la pause déjeuner, à l'exception des soldats de faction, ont précisé ces sources.

Le porte-parole de l'armée burundaise, le colonel Gaspard Baratuza, ne pouvait être joint mardi en début d'après-midi pour commenter cet homicide.

Le lieutenant-colonel Ikurakure était le commandant du bataillon de génie de Muzinda, situé à une vingtaine de kilomètres au nord de la capitale.

Son nom a été régulièrement cité dans des cas de disparitions forcées ou de torture de jeunes issus des quartiers contestataires de la capitale, opposés au troisième mandat du président Nkurunziza qui a déclenché une profonde crise politique dans le pays.

C'était "un personnage cruel au centre de la répression en cours. Je regrette qu'il parte sans répondre de ses actes devant la justice", a réagi à l'AFP Pacifique Nininahazwe, l'une des figures de la société civile burundaise actuellement en exil.

Son assassinat n'a pas été revendiqué dans l'immédiat et on ignorait mardi si son meurtrier a agi pour des motifs politiques ou autres.

Ce n'est pas la première fois qu'un militaire réputé proche du pouvoir actuel est visé par une attaque. En septembre 2015, le chef d'état-major lui-même avait réchappé d'une tentative d'assassinat par des hommes en tenue militaire lourdement armés.

Un autre homme-clé de l'appareil sécuritaire, le général Adolphe Nshimirimana, considéré alors comme le bras droit du président Nkurunziza, avait péri début août dans une embuscade en plein centre de Bujumbura.

L'assassinat mardi du lieutenant-colonel Ikurakure intervient dans un contexte de relative accalmie au Burundi. Les attaques à la grenade, jamais revendiquées, qui frappaient Bujumbura quasi-quotidiennement en février se sont raréfiées en mars.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont toutefois souligné que la répression des personnes perçues comme des opposants au régime se poursuivait mais de façon plus discrète.

"Alors que la découverte de cadavres dans les rues de Bujumbura était un phénomène quotidien pendant la seconde moitié de 2015, de nombreuses violations se produisent désormais à l'abri des regards, les forces de sécurité emmenant des personnes dans le plus grand secret et déclinant ensuite toute responsabilité pour leur sort", écrivait l'organisation Human Rights Watch fin février.

Le Burundi a plongé dans une grave crise émaillée de violences lorsque le président a annoncé sa candidature en avril 2015 pour un troisième mandat. Réélu en juillet, il a ce faisant violé la constitution ainsi que l'accord d'Arusha qui mit fin à la guerre civile entre 1993 et 2006 (300.000 morts), selon l'opposition, la société civile et une partie de son camp.

Les autorités burundaises ont déjoué un coup d'État militaire en mai 2015 et ont brutalement réprimé six semaines de manifestations à Bujumbura, mais elles font désormais face à des mouvements rebelles embryonnaires déterminés à chasser M. Nkurunziza tandis que le dialogue inter-burundais est pour le moment dans l'impasse.

Les violences ont déjà fait plus de 400 morts et poussé plus de 250.000 personnes à quitter le pays.

esd/fal/sba