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22/03/2016 01:06 EDT | Actualisé 22/03/2017 01:12 EDT

Birmanie: Aung San Suu Kyi va devenir ministre, à défaut d'être présidente

La prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui n'a pu devenir présidente en raison d'une Constitution héritée de la junte, devrait entrer au gouvernement en Birmanie, où elle serait la seule femme, selon une annonce faite au parlement mardi.

"Voici la liste de ceux qui devraient devenir ministres, soumise au Parlement par le nouveau président élu", Htin Kyaw, a déclaré devant les députés le président du Parlement, Mann Win Khaing Than.

Il a égrené 15 noms, parmi lesquels celui de l'ancienne opposante, dont le parti est désormais majoritaire au Parlement et va enfin prendre les manettes du pays, succédant à un gouvernement d'anciens militaires ayant assuré la transition post-junte depuis 2011.

Il n'a cependant pas précisé quel poste l'ancienne dissidente, aujourd'hui âgée de 70 ans dont 15 en résidence surveillée, occuperait au sein du cabinet.

Les rumeurs la donnent ministre des Affaires étrangères. Voire à la tête d'un super-ministère, en regroupant plusieurs.

Avec cette annonce, se précise enfin un peu la façon dont Aung San Suu Kyi envisage de gouverner "au-dessus du président", comme elle l'avait mystérieusement annoncé juste avant la victoire de son parti aux législatives historiques de novembre 2015.

Le choix de la Dame de Rangoun de mener les réformes en tant que ministre, plutôt qu'en restant à la tête de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, est une façon d'asseoir sa légitimité de maître d'oeuvre de la politique du gouvernement.

Le tout au sein d'un système dépourvu de Premier ministre, et avec un président qui est un fidèle d'entre les fidèles d'Aung San Suu Kyi.

"Le gouvernement, c'est là que se font les décisions", d'où cette décision d'"être au coeur du gouvernement", par pragmatisme, analyse Trevor Wilson, universitaire australien et ancien ambassadeur en Birmanie. Si elle avait préféré arbitrer depuis l'extérieur de l'exécutif, "cela aurait rendu la situation difficile, (les ministres) auraient dû aller la consulter pour chaque décision", Aung San Suu Kyi étant réputée pour sa vision extrêmement centralisée du pouvoir.

Avec la constitution de ce gouvernement qui doit enfin entrer en fonction fin mars-début avril, en même temps que le nouveau président, le pays va pouvoir tourner la page de décennies de junte, même si les militaires conservent un important rôle politique.

- Immenses espoirs, budget limité -

Ce gouvernement civil est investi d'immenses espoirs.

La Ligue nationale pour la démocratie (NLD) a promis de donner la priorité à l'éducation et la santé, domaines dans lesquels la Birmanie est l'un des plus mauvais élèves au niveau mondial en termes de budget.

Mais, le gouvernement d'Aung San Suu Kyi hérite du budget 2017 établi par le gouvernement sortant, qui lui laisse peu de marge de manoeuvres dans ces domaines.

Priorité a été promise à l'économie, mais sans plan clair pour l'heure, dans ce pays où plus d'un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et où 70% du pays n'a pas l'électricité.

Un autre grand chantier sur lequel Aung San Suu Kyi est très attendue: négocier avec les armées rebelles ethniques qui continuent d'affronter les forces gouvernementales.

Sur tous ces dossiers, elle devra négocier avec les militaires, qui contrôlent encore notamment les ministères de l'Intérieur, de la Défense et des Frontières.

Signe de sa volonté de compromis et de "réconciliation nationale", d'anciens ennemis politiques de la NLD sont proposés sur la liste des ministres, comme Thein Swe, conseiller du parti des héritiers de la junte, l'USDP.

"Je travaillerai pour l'Etat et le peuple", a-t-il réagi, disant la volonté de son parti, défait aux élections en novembre, de "collaborer avec n'importe quel autre parti".

Une fois aux manettes, Aung San Suu Kyi peut compter sur le soutien du nouveau président élu, Htin Hyaw, qu'elle a fait désigner à sa place au poste de président.

La Constitution interdit en effet cette fonction à quiconque a des enfants de nationalité étrangère, ce qui est le cas d'Aung San Suu Kyi, qui a deux fils britanniques.

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