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22/03/2016 06:28 EDT | Actualisé 22/03/2016 06:29 EDT

Après la visite historique d'Obama, quel impact pour Cuba?

ASSOCIATED PRESS
Cuban President Raul Castro, left, shakes hands with U.S. President Barack Obama during a meeting in Revolution Palace, Monday, March 21, 2016. Brushing past profound differences, President Obama and President Castro sat down for a historic meeting, offering critical clues about whether Obama's sharp U-turn in policy will be fully reciprocated. (AP Photo/Ramon Espinosa)

A La Havane, le président américain Barack Obama est parvenu à plaider pour le changement auprès des Cubains, mais la force symbolique de sa visite pourrait à elle seule affecter le régime communiste.

Plusieurs analystes prédisent une nouvelle donne ces prochains mois sur l'île, tant ce déplacement a mis à mal le discours castriste axé depuis plus de cinq décennies sur les méfaits de l'impérialisme américain.

"L'effet le plus important de toute la visite est le facteur +Je n'en crois pas mes yeux+ qui est en train d'apparaître", résume Paul Webster Hare, professeur de relations internationales à l'Université de Boston.

"Si (l'accueil d'un président américain) peut se produire, pourquoi pas le reste? Cette visite nourrit chez tous les Cubains l'attente d'un changement urgent et nécessaire en matière d’opportunités économiques et de contrôle d'un gouvernement essoufflé", juge-t-il.

Désormais "la vieille rhétorique révolutionnaire et le fait d'accuser l'embargo américain de tous les maux ne sont plus suffisants", estime-t-il encore.

En outre, la position de Barack Obama sur ces restrictions commerciales imposées à l'île depuis 1962 est sans équivoque. Il a plusieurs fois appelé le Congrès lever l'embargo et a pris dans le même temps une série de mesures pour l'assouplir.

Au-delà de l'aspect symbolique de cette visite, l'autre succès du président américain a été de parvenir à faire passer son message sans entrave au peuple cubain, dans un pays où l'information est d'ordinaire strictement contrôlée.

S'il a été empêché d'interagir comme il le souhaitait avec la foule à cause par la sécurité cubaine, il a mis à profit son discours de mardi pour livrer un véritable plaidoyer pour les libertés publiques et la démocratie devant les caméras de la télévision d'Etat cubaine.

"Obama est très bon en discours. Je ne me suis pas du tout ennuyé. Il m'a fait passer un message assez clair d'espérance et de meilleur futur", a réagi peu après Freddy Lafont, jeune guitariste de 19 ans présent dans l'assistance.

"Obama est convaincu que +la diplomatie publique+ peut fonctionner avec Cuba en 2016 (...) Il peut s'adresser directement à un public étranger et pas seulement à son gouvernement", relève Paul Webster Hare.

Ouverture politique «peu probable»

Malgré l'absence de bains de foule, Barack Obama s'est efforcé de s'adresser aux Cubains dès qu'il en a eu l'occasion, allant même jusqu'à se prêter au jeu d'un un petit sketch avec un célèbre humoriste cubain. La vidéo a eu son petit effet lorsqu'elle a été diffusé par la télévision cubaine la veille de son arrivée.

Pour la petite histoire, la plus grande prouesse de Barack Obama a probablement été de convaincre son homologue de 84 ans, allergique aux médias, de se soumettre aux questions de journalistes qui n'ont pas manqué d'évoquer les prisonniers politiques.

Peu rompu aux questions gênantes, Raul Castro s'est montré irrité face à deux journalistes, protestant contre le nombre trop important de questions posées par rapport à ce qui avait été convenu.

"Obama a gagné sa partie, mais Raul n'a pas perdu la sienne", tempère Arturo Lopez-Levy, politologue de l'Université de Texas Rio Grande Valley, aux Etats-Unis.

"L'enjeu pour Obama était de rendre irréversible sa politique de démantèlement de l'embargo et pour cela il a besoin que Raul Castro soit un partenaire", explique-t-il.

Pour Raul Castro il s'agissait surtout de jouer "l'hôte accueillant et démontrer qu'en dépit de son âge il est suffisamment flexible pour atteindre les succès qui se sont refusés à son frère Fidel", estime l'universitaire cubain.

A moins de trois semaines d'un Congrès du Parti communiste cubain qui doit définir l'orientation politique du pays pour les années à venir, Raul Castro a l'occasion de décider de la portée des changements futurs.

Jorge Duany, du Cuban Research Institute de l'université de Floride, table sur une probable ouverture économique accrue, mais écarte toute remise en question politique.

"Cette visite était vouée à approfondir les liens entre les deux pays en matière de commerce, de transports, de communications et de contact entre deux peuples, soutient l'expert, qui juge "peu probable" qu'elle ait un quelconque impact sur la réforme électorale à l'étude.

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