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22/03/2016 11:38 EDT | Actualisé 23/03/2017 01:12 EDT

A Bruxelles, la place de la Bourse transformée en lieu de mémoire

"Bruxelles I love you". Quatre mots ont été tracés à la craie sur l'historique place de la Bourse, devenu un lieu de recueillement spontané au coeur d'une ville qui vit au ralenti après le choc des attentats de mardi.

"Bruxelles bruxellera toujours", "Bruxelles est belle", "Don't worry" ("Ne vous inquiétez pas")... En français, en néerlandais, en anglais, en arabe, les Bruxellois sont venus affirmer à même le sol leur solidarité et leur attachement à leur ville, frappée par des attentats qui ont fait une trentaine de morts et plus de 200 blessés.

Quelques heures après les attaques, plusieurs centaines de personnes de toutes origines ont convergé spontanément vers la place de la Bourse, dans le centre historique de la capitale belge.

Ce lieu de fête les soirs de victoire de l'équipe nationale de football, les "Diables Rouges", est devenu comme une petite place de la République, où les Parisiens étaient venus se recueillir après les attentats de janvier et novembre 2015.

Un violoncelle joué par un jeune homme perce le lourd silence, il est applaudi. Des fleurs, des bougies et un drapeau de la Belgique ont été déposés sur le parvis.

Une mère et ses deux enfants allument une petite bougie et la déposent aux côtés d'autres disposées en coeur. Sofiane, un Algérien venu achever ses études de sociologie à Anvers (nord) en 2011, ravive celles qui ont été éteintes par le vent léger qui souffle en cette fin d'après-midi ensoleillée.

"C'est triste, c'est malheureux, c'est choquant", soupire-t-il: "J'ai connu l'Algérie des années 1990. On ne connaissait pas le terrorisme et puis il est arrivé."

Son émotion se transforme en colère: "Il faut faire attention aux imams radicaux qui disent qu'on va aller au paradis. Ils n'ont qu'à y aller eux-mêmes. Moi, je n'ai pas envie d'aller au paradis en tuant des innocents. Ce n'est pas le paradis, c'est l'enfer".

- 'Ambiance effrayante' -

"C'est important de se rassembler après des moments comme ça. C'est symbolique, ça montre que nous sommes unis face à la terreur", estime Leïla Devin, une comédienne de 22 ans.

"Nous sommes là pour leur dire qu'on n'a pas peur, qu'ils sont une dizaine et nous des milliers", abonde Juliette, une étudiante belge.

Signe que le lieu est vite devenu emblématique, le Premier ministre belge Charles Michel est venu lui aussi s'y recueillir peu avant 20h (19h00 GMT).

Tout autour, le coeur historique de la ville bat au ralenti depuis les attentats du matin. La plupart des boutiques sont fermées. Seuls quelques bars, magasins de gaufres et magasins de souvenirs sont restés ouverts. Le client se fait rare.

Une poignée de touristes déambule sur la célèbre Grand Place. Seuls, sans militaires ni policiers aux alentours. D'autres boivent une bière à la terrasse d'un des deux établissements restés ouverts.

"C'est super désert, ça fait presque peur. Surtout qu'il fait beau, généralement la place est remplie", glisse Céline, jeune architecte belge venue rejoindre des amis touristes. "On voulait se soutenir et boire des bières. C'est effrayant cette ambiance", explique cette trentenaire.

Un peu plus loin, ils ne sont pas plus nombreux devant la statue du Manneken Pis, où l'on doit habituellement patienter pour se prendre en photo.

En visite à la cathédrale Sainte-Gudule, Felix, père de famille de 49 ans, et sa famille espagnole ont voulu "profiter malgré tout": "Nous avons des enfants, nous ne voulons pas leur envoyer de mauvais signaux, comme la peur."

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