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18/03/2016 21:45 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

L'écriture des Etrusques, une "voie d'accès privilégiée" pour leur civilisation

Pour comprendre les Etrusques, une civilisation méditerranéenne au rayonnement majeur dans l'Antiquité, une exposition se penche à partir de samedi à Cortone, dans le centre de l'Italie, sur leur langue, encore mystérieuse même si on sait la lire et la déchiffrer.

Intitulée "Les Etrusques, maîtres de l'écriture: société et culture dans l'Italie antique", cette exposition, co-réalisée par le musée de l'Académie étrusque et de la ville de Cortone, le Louvre et le site archéologique de Lattara (Lattes) dépendant du musée Henri-Prades de Montpellier, est la première sur le sujet depuis trois décennies et se tiendra jusqu'au 31 juillet.

Son objectif est "de découvrir la civilisation à travers le prisme de l'écriture", explique à l'AFP Lionel Pernet, l'un des commissaires scientifiques de l'exposition, également ex-directeur du site de Lattes.

C'est "une voie d'accès privilégiée pour comprendre les Etrusques", renchérit Laurent Haumesser, conservateur en charge des collections étrusques au Louvre.

Elle permet également de montrer "leur ouverture sur la Méditerranée", à travers l'union de collections historiques italiennes et françaises et la présentation de fouilles récentes, en particulier dans le sud de la France.

Dès l'âge du Fer, les Etrusques ont régné sur un vaste territoire formé par la Toscane et le Lazio jusqu'au Ier siècle avant J.-C., avant leur intégration dans la République romaine.

L'exposition, qui s'ouvre sur des panneaux présentant les trois alphabets étrusque, grec et latin, se veut didactique: chaque inscription en étrusque, trouvée sur un objet de la vie quotidienne (dés, miroirs, vases, statues votives) est accompagnée de sa transcription en alphabet latin et de sa signification.

Les trois plus grands textes étrusques connus sont également présents à Cortone, dont l'incroyable parchemin dit de "la momie de Zagreb", qui ne voyage pratiquement jamais en raison de sa fragilité.

"Il s'agit de l'unique livre sur tissu de l'Antiquité parvenu jusqu'à nous. C'est sans doute un calendrier rituel, qui devait être dans le bagage d'un prêtre étrusque ayant voyagé en Egypte", explique M. Haumesser.

Autre document fascinant, la "Tabula cortonensis", découverte il y a quelques années, est "sans doute un contrat de vente, avec des séries de noms, qui montre peut-être la cession d'un terrain, avec la première mention historique du lac Trasimène tout proche".

Enfin, les fameuses "Lamelles de Pyrgi" en or, mises à jour il y a environ 50 ans. "Il s'agit de la dédicace d'un temple par le tyran, au sens grec du terme, de la cité de Cerveteri, en étrusque et en punique, la langue des Carthaginois".

- De droite à gauche -

Loin des hypothèses fantaisistes liant l'étrusque, antérieur aux langues indo-européennes, avec le hittite, le finno-ougrien ou même les langues péruviennes, on sait qu'il est apparenté "à des langues parlées en mer Egée, sur l'île grecque de Lemnos, et dans les Alpes, comme le rhétique", précise M. Haumesser.

C'est à partir de la Renaissance, et surtout du XVIIIe siècle, que l'on redécouvre l'étrusque, à travers ces inscriptions mises à jour par les archéologues amateurs de l'époque, et que l'on cherche à en comprendre l'alphabet.

Depuis l'"Essai sur la langue étrusque" de Luigi Lanzi, paru en 1789, "on sait que l'étrusque se lit de droite à gauche, on le déchiffre" et "grâce à ces bases", on a pu percer à jour le vocabulaire, la grammaire, la structure des phrases et l'évolution phonétique, précise M. Pernet.

Mais il reste des mystères, en particulier en terme d'interprétation.

"Certains vous diront qu'on peut réserver un hôtel en étrusque car on sait dire chambre - à cause des tombes qui en sont dotées de plusieurs - et qu'on connaît les mots pour désigner les chiffres, sourit M. Haumesser, mais je vous conseillerai de doubler votre demande d'un fax".

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