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18/03/2016 21:45 EDT | Actualisé 19/03/2017 01:12 EDT

De Kennedy à Obama, un demi-siècle de contacts secrets avec Cuba

Derrière l'animosité affichée, les déclarations tonitruantes et l'embargo, une autre réalité: missions exploratoires, tractations discrètes et mains tendues, dans des halls d'hôtels, des salles d'attente d'aéroports, et même au Vatican.

Barack Obama, attendu dimanche à La Havane pour une visite historique, restera comme celui qui a ouvert un nouveau chapitre entre les Etats-Unis et Cuba. Mais il n'a pas été le premier à essayer. Pendant plus d'un demi-siècle, d'autres ont tenté leur chance. Avec toujours un même mot d'ordre: la discrétion.

Car si moins de 200 km séparent les deux pays, le sujet a toujours été politiquement très sensible aux Etats-Unis depuis l'arrivée au pouvoir à La Havane, en 1959, de Fidel Castro et de ses "barbudos".

Grâce à l'aide de pays tiers (Mexique, Espagne, Brésil, Canada) et d'innombrables intermédiaires (conseillers, hommes d'affaires mais aussi journalistes et écrivains), des tentatives de rapprochement, plus ou moins ambitieuses, ont jalonné l'histoire des relations américano-cubaines.

A l'automne 1962, après la crise des missiles soviétiques sur l'île, à deux doigts de dégénérer en conflit nucléaire mondial, John F. Kennedy explore les possibilités de rapprochement, espérant profiter de l'état d'esprit de Fidel Castro, furieux que l'URSS ait décidé de retirer les missiles sans même le consulter.

"Kennedy s'est dit qu'il y avait peut-être là l'occasion de sortir Cuba de l'orbite soviétique", raconte William LeoGrande, de l'American University, coauteur d'un livre sur cette autre histoire ("Back Channel to Cuba").

C'est à un journaliste français, Jean Daniel, que JFK confiera personnellement, en 1963, un message pour le Lider Maximo.

Le journaliste, investi de cette singulière mission de "messager", rencontre comme prévu le père de la révolution cubaine. Les deux dirigeants "semblaient prêts à faire la paix", racontera-t-il plus tard.

Mais le jour même de leur entrevue, le 22 novembre 1963, Kennedy est assassiné à Dallas, au Texas. Tout s'écroule. Lyndon Johnson, qui lui succède à la Maison Blanche, ne souhaite pas poursuivre dans cette voie.

- Kissinger et Carter -

Au milieu des années 70, sous la présidence de Gerald Ford, le secrétaire d'Etat Henry Kissinger tente dans le plus grand secret l'effort le plus abouti de normalisation depuis la rupture des relations diplomatiques en janvier 1961.

Mais l'intervention des forces armées cubaines en Angola en 1975 pour soutenir le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA, aujourd'hui au pouvoir), sonne le glas de cette tentative.

Quelques semaines seulement après sa prise de fonction en 1977, Jimmy Carter ordonne le lancement de négociations en vue de normaliser les relations. Contentieux maritimes, pêche, contacts diplomatiques: durant les premiers mois, les lignes bougent.

"J'ai toujours eu une haute opinion de Carter, un homme d'honneur, d'éthique", dira Fidel Castro des années plus tard. "Carter était un homme qui voulait régler les problèmes entre les Etats-Unis et Cuba".

Une fois encore, pourtant, la tentative échoue sur la présence militaire cubaine en Afrique.

Sous la présidence George W. Bush, un seul mot d'ordre: pas de concessions en l'absence de changement de régime.

Au printemps 2013, Obama autorise le lancement de discussions exploratoires avec La Havane. La première réunion a lieu au Canada en juin. Le pape François prend personnellement la plume pour encourager les deux dirigeants à aller de l'avant. En octobre, les délégations se retrouvent même au Saint-Siège, en présence de responsables catholiques, pour finaliser les termes de la normalisation.

Le 17 décembre 2014, l'annonce d'un rapprochement prend tout le monde par surprise. A peine croyable: les 18 mois de négociations ultra-secrètes n'ont pas donné lieu à la moindre fuite dans la presse.

Pourquoi tant de secret ? Les motivations ont évolué.

"Dans les années 60 et 70, en pleine guerre froide, (les présidents américains) ne voulaient pas avoir l'air d'être faibles sur le communisme", souligne le Pr LeoGrande. "C'est la raison pour laquelle Johnson n'a pas donné suite à l'initiative de Kennedy".

A partir des années 80, l'influence et le poids politique de la communauté cubaine de Floride deviennent déterminants. Les candidats à la présidence, particulièrement dans le camp démocrate, redoutent que le simple fait d'évoquer une main tendue vers Cuba entraîne la perte de la Floride, et, par ricochet, de la Maison Blanche.

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